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Islam & Laïcité >> Contributions des internautes

Le sikhisme face à la loi sur la laïcité
par Kudrat Singh Khalsa

La loi sur la laïcité menace la religion sikh. Y a-t-il des minorités qui ne valent pas la peine d’être prises en considération ?



Pour résumer et simplifier : le sikhisme forme un isthme reliant les deux océans spirituels que sont le soufisme d’une part et le sanatana dharma, la voie éternelle des hindous, d’autre part.

Fidèles à l’esprit des fondateurs du sikhisme pour qui « Vivre et laisser vivre » était un principe essentiel, les sikhs respectent toutes les croyances, autant d’ailleurs que l’absence de croyance.
L’adhésion à la fois sikh(e), dans son courant principal, ne repose ni sur des critères ethniques ni sur des critères culturels mais sur un baptême. Lors de ce baptême, tout sikh (sans distinction de sexe, race, caste ou condition) reçoit une transmission et prononce des voeux solennels, au nombre desquels figure l’observance des cinq K. La barbe non taillée pour les hommes et les cheveux non coupés couverts du turban en sont les plus visibles.(les enfants de sikhs baptisés devraient également garder leurs cheveux non coupés tout au long de leur vie.)
Pour que cette transmission demeure effective, nous devons respecter nos voeux. Plus qu’un pêché, y renoncer constitue dans notre tradition une mort spirituelle.

Les sikhs, en leur qualité de membres d’une minorité spirituelle qui fut cruellement persécutée au cours de son histoire, sont pleinement conscients que le meilleur voire le seul véritable garant du droit de ces minorités est ou devrait être justement la sécularisation de l’État que l’on appelle en France la laïcité.

Le monde actuel n’est pas le même que celui de 1905. Des hommes et des idées venus d’horizons de plus en plus vastes se croisent partout chaque jour un peu plus. L’humanité est une famille et le monde est un village. Le pluralisme religieux constitue une de leurs seules vraies richesses. La société française peut-elle l’ignorer encore longtemps ?

La liberté de conscience des uns s’arrête-t-elle dans notre pays là où commence le parti pris idéologique des autres ?

Y a-t-il des minorités qui ne valent pas la peine d’être prises en considération ?

Dans aucun pays libre, le processus de sécularisation n’a jamais menacé la religion sikhe. Plusieurs nations occidentales ont même reconnu dans un texte législatif le droit inaliénable des sikhs à observer les obligations vestimentaires de leur confession, sans lesquelles, encore une fois, elle n’existe pas.

L’incohérence, la duplicité et l’hypocrisie qui ont éclaté au grand jour lors de la préparation de la loi sur la laïcité rendent indispensable l’ouverture d’un débat véritable et large quant à la validité de la conception française de la laïcité dans un monde en voie de globalisation. (Alors même que la France tente d’ores et déjà d’imposer son modèle à d’autres pays européens.)

En effet M. STASI a indiqué, à la remise de son rapport, qu’il avait auditionné « les représentants de toutes les religions et options philosophiques ».
La laïcité est définie dans le rapport même de cette commission comme construite sur la neutralité de l’État. « La neutralité de l’État est la première condition de la laïcité.... neutralité et égalité vont de pair » (2.2.1) Ce rapport cite comme acquis : « le respect que garantit l’État aux différentes options spirituelles ou religieuses, l’absence d’intrusion du pouvoir politique, la création d’un cadre propice à la liberté de culte, la protection des religions non majoritaires » (1.2.3)
Or, les historiens qui ont conseillé M. STASI ne pouvaient ignorer qu’une loi sur les signes « extérieurs de religion » mettrait en cause l’existence de la religion sikh avant toute autre conséquence.

En ce qui concerne le sikhisme, la loi qui en est issue instaure pourtant de facto un génocide spirituel.

Remarque : Les liens entre la France et le sikhisme sont connus : 100 000 sikhs ont donné leur vie sur le sol français lors des deux guerres mondiales (80 000 en 14-18, un pourcentage non négligeable de la communauté)

Kudrat Singh Khalsa


POUR EN SAVOIR PLUS

Le Sikhisme en quelques lignes

- Nom : Le mot sikh, dérivé du mot sanskrit shishya (disciple), vient aussi du verbe pendjabi sikhna (apprendre). Il désigne les disciples des 10 gourous (maîtres spirituels).

- Origine : Fondé au XVème s. par le gourou (ou Baba : père) Nânak (1469-1539), né à Nanqkânâ Sahib, Pendjab (actuel Pakistan), fils d’un paysan. Dès sa jeunesse, il visita les grands centres de pèlerinage hindous et musulmans, attirant de nombreux disciples ou sikhs (dont il sera le 1er gourou), prêchant la tolérance. De 1499 à 1517, trois voyages en Inde et un à travers Afghanistan, Iran, Ouzbékistan, Tibet, Sri Lanka, et à La Mecque, Médine (Arabie), Bagdhad.

Les 10 gourous

- Nânak que les musulmans ont vénéré, appréciant sa morale humaniste.
- Angad (1504-53), son fils, qui propagea l’écriture gourmoukhi inventée par Nânak et très facile à apprendre.
- Amardas (1479-1574) qui institua 3 grands rassemblements (printemps : la Baïsakî ; hiver : Basant panchamî ; 1er jour de la Divali hindoue : Gourou-ka-langar).
- Ramdas (1534-81) qui acheta un terrain à Amritsar où son successeur construira le temple d’or.
- Ardjan Dev (1563-1606) torturé et exécuté par l’empereur mogol Jahangir. Il bâtit le Harimandir (Temple d’Or) ; vers 1604, achève le Granth Sahis (Livre saint des sikhs) en le dictant à Bhai Gourdâs et le dépose dans le Temple d’Or.
- Hargobind (1595-1644) son fils.
- Har Rai (1630-61).
- Harkrishan (1656-64).
- Tégh Bahadour (1621-75), qui refusa de devenir musulman et fut exécuté à Delhi sur ordre du Grand Mogol Aureng Zeb avec lui, 3 sikhs (Bhai Mati Das, Bhai Dayala et Bhai Sati Das) sont martyrisés.
- Gobind Singh (1666-1708), son fils, qui réorganisa la communauté en un ordre quasi militaire, le Khalsâ, en 1699 ; décrète qu’à sa mort, son successeur et gourou éternel sera Granth Sahib, « Gourou illustre le livre ».

Les décisions prises par le Panth (communauté sikh) en présence du Livre saint s’appellent gourmatta (la voie ou la décision du gourou ou de Dieu). Trois exemplaires originaux : le 1er dans le Temple d’Or (brûlé durant l’attaque de l’armée indienne en 1984), le 2ème, complété par Ardjan, est gardé à Kartarpur par la famille Sodhi et le 3ème à Damdama Sahib (Pendjab indien). La version actuellement utilisée (appelée aussi l’Adi-granth ou le 1er Livre saint) a été redicté de mémoire par Gobind Singh qui y ajouta les hymnes de son père, Tégh Bahadour ; après sa mort, ses propres enseignements furent consignés dans le Dasam-Granth (le Livre saint du 10ème gourou) ou le Daswén-padshah-da-Granth (le Livre du 10ème roi).

Temple d’Or d’Amritsar

Achevé en 1604. Les 4 portes, correspondant aux points cardinaux, signifient que l’on peut venir de toutes les directions du monde, et s’y asseoir sans distinction de race, caste, sexe ou religion. Il contient plus de 5 000 hymnes de gourous sikhs et de saints hindous, musulmans et intouchables dont la doctrine est monothéiste ; rédigé principalement en pendjabi, avec l’alphabet gourmoukhi.

Histoire

A l’époque d’Aureng Zeb, la guerre se déclenche contre le gouvernement et les rajahs hindous. Les sikhs, condamnés à mort, acceptent le combat sous la direction de Banda Singh Bahadour (qui sera exécuté à Delhi en 1716 avec 800 fidèles).
En 1750, ils organisent le Pendjab en une fédération de 12 principautés.
A partir de 1799, royaume sikh avec le maharaja Ranjit Singh (1780-1839), maître du Pendjab, Cachemire et Ladakh. 1849 dernier État indépendant, le Pendjab est annexé à l’Inde britannique après 2 guerres anglo-sikhs.
1872 Baba Ram Singh (1816-85), de Bhaini, invente les mouvements de non-coopération et de désobéissance civile contre les Anglais (50 ans avant ceux de Gandhi). Il est exilé à Rangoon (Birmanie), où il meurt en prison. 62 de ses disciples sont fusillés attachés au bout de gueules de canons.
1947 partage de l’Inde : les sikhs optent pour l’Inde . Ils ont été alors bernés par les prromesses fallacieuses de Nehru.

Doctrine

Rejet de tout culte idolâtre, monothéisme et croyance en l’immanence de Dieu dans la Création. L’amour de l’Être suprême (Bhakti) est à la base des pratiques spirituelles. La morale rejette les pratiques de l’Inde : infanticide, crémation de la veuve sur le bûcher de son mari (sati), mariage des enfants, claustration des femmes et des membres de castes inférieures. Idéaux : dévouement et travail, vie active et dynamique, générosité, liberté-égalité-fraternité, dignité et respect des hommes de toutes races, castes et religions. Les femmes sont les égales des hommes. L’action militaire est utilisée en dernier ressort pour défendre le droit. Les sikhs ne doivent ni fumer, ni boire d’alcool, mais ils peuvent (sauf certains groupes minoritaires) manger la viande des animaux tués d’un seul coup (l’abattage s’appelle jhatka).

Les combattants de la foi reçoivent le baptême de l’épée à double tranchant (khandé-da-pahul) et jurent de rester fidèles aux 5 K : kesh (cheveux et barbe jamais coupés), kangha (peigne de bois), kachcha (caleçon), kara (bracelet d’acier) et kirpan (épée). Les hommes doivent porter le nom de Singh (lion) ; les femmes, celui de Kaur (princesse).

Bases principales : Nam jappo, kirat karo té wand chchakko : méditer (à l’aide du Verbe de Dieu), travailler (dur et honnêtement pour gagner sa vie) et partager (ce que l’on gagne). Chaque sikh doit être un saint et un soldat en même temps. On y ajoute le service bénévole aux autres et aux gourdwaras (lieux de culte) et le langar (cuisine gratuite) commencé par Gourou Nânak au XVe s. pour effacer les distinctions de races, castes, religions et sexes et pour aider les personnes dans le besoin.

Nom donné à Dieu : Wahégourou, « la Conscience de l’infini expérimentée dans l’extase ».

Statistiques (en 1989)

Inde 20 000 000, USA et Commonwealth 5 000 000 (dont plusieurs millllers de sikhs d’origine occidentale aux U.S.A et en Europe) et 2 à 3 000 000 de sikhs en Afrique anglophone (africains et d’origine indienne).





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Foulard - Loi - Pratiques religieuses