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Islam & Laïcité >> Contributions aux débats

Commission Stasi
Ligue de l’Enseignement

La laïcité, un bien commun, une démarche, une construction permanente

Pourquoi ne pas nous réjouir au constat de « l’inondation laïque » qui submerge depuis quelques temps le débat public ? - Aurions-nous eu raison avant tout le monde ?

- Ceux qui nous faisaient reproche d’archaïsme dans les années 80 en seraient-ils venus à considérer que l’antériorité laïque française, qui jusqu’alors les laissait indifférents, parfois critiques, aurait acquis les vertus d’un modèle qui exigerait que la collectivité nationale se mobilise pour en assurer la défense ? Et puis la perplexité nou s a gagné, alimentée par un triple constat :

-  Ceux qui, aujourd’hui, s’en réclament le plus fortement sont souvent ceux qui jusqu’alors se montraient les plus rétifs à admettre l’importance du principe de laïcité. Il y a souvent chez eux de ce prosélyti s me qui caractérise les nouveaux convertis. Nous n’avons pas le souvenir de les avoir côtoyés dans les combats conduits pour assurer la défense de l’école publique. Il est possible que les établissements dont ils faisaient choix pour scolariser leurs enf an ts n’étaient pas confrontés aux défis qui les inquiètent de façon si soudaine et si intense au point de solliciter du législateur le secours qu’ils peinent à trouver dans une réflexion exigeante. Certains n’ont pas hésité, naguère, à manifester, au tra ver s de comportements outrageants pour la laïcité, leur aversion pour de récentes conquêtes inspirées d’un esprit laïque, comme le pacte civil de solidarité.

-  L’argument, ou le prétexte qui les a conduit à se mobiliser, paraît être basé sur une stigma tisation de pratiques concernant une communauté particulière. Il ne faudrait pas que ce discours des « laïques du lendemain » masque en fait une aversion des nouvelles diversités culturelles et religieuses qui s’installent dans notre pays.

-  Si des citoyens sincèrement attachés à la laïcité, ce sont encore les plus nombreux, s’émeuvent à juste titre et souhaitent engager le débat, ils doivent être attentifs, comme l’est la Ligue de l’enseignement, à ne pas laisser glisser vers une définition circonstanci elle un principe dont la capacité de pacification sociale est intimement liée à la clarté de la définition que l’on en donne et à la rigueur de sa mise en œuvre. Or, si tout le monde s’accorde sur l’importance du mot laïcité, chacun lui donne sa propre si gnif ication et l’on constate, mais ce n’est pas nouveau, que la défense de la laïcité amène à poursuivre des objectifs différents, voire contradictoires surtout que, comme on le constate souvent, un accord sur la définition du principe ne garanti nulleme nt la convergence des mises en oeuvre.

Il faut donc débattre sereinement – et tant pis pour les médias qui recherchent les empoignades tonitruantes et les prises de positions contrastées. La laïcité, c’est d’abord l’acceptation d’un débat dans l’espace dém ocrat ique, conduit de manière pacifiée, ce qui n’ôte rien à ses exigences de contradictions. Prenons les problèmes que nous devons affronter pour ce qu’ils sont, sans faiblesse, armés des instruments que nous donnent notre culture républicaine et notre s ouci d e justice sociale : des réalités nous y invitent. Certaines sont conjoncturelles, d’autres sont plus essentielles : les pannes et les ratés de l’intégration républicaine, une sorte de ré-enchantement du monde devant les incertitudes du futur, les c rispati ons idéologiques depuis le 11 septembre 2001, les débats sur la construction européenne, l’évocation, dans quelques mois, d’un siècle d’application de la loi de 1905…

Comment aborder le problème ?

- En acceptant de l’appréhender dans sa complexi té. Cond ition de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, donc du vivre ensemble, la laïcité ne relève pas simplement de l’éducation ; c’est un choix de société. Les questions posées sont à la fois sociales, culturelles et politiques. Il ne s’agit p as de reproduire les combats anciens qui ont contribué à doter le modèle laïque français de sa singularité, à savoir lutter contre un pouvoir clérical hégémonique voulant contrôler le pouvoir politique au détriment de la liberté et de l’égalité des citoyens comme on l’a connu au XIXe siècle, mais de mesurer en quoi certains comportements développés dans des univers communautaires particuliers peuvent porter atteinte à l’ordre public, c’est-à-dire aux termes du pacte républicain défini par la loi. Il ne s’agit plus de fonder la République mais d’évaluer la façon dont elle garantit l’ordre public aujourd’hui et concourt au vivre ensemble et à la justice sociale. L’égalité ne se décrète pas, elle se construit. La réponse demande du temps, or nos concitoyens rencontre nt des problèmes « urticants » qui exigent des réponses immédiates. Certains comportements, dont nous percevons le côté agressif, relèvent davantage de difficultés d’intégration que d’une mise en cause de la laïcité, il nous faut faire la distinction entr e les logiques de provocation et les attitudes plus construites sur le plan individuel.

-  En reconnaissant que nous vivons dans une société plurielle ; la fonction de la laïcité n’est pas de produire de la conformité voire du conformisme. Elle doit assure r à chacun une égalité de droits, dans le cadre d’un ordre public démocratiquement fixé, ce qui est différent.

-  En sachant qu’un certain nombre d’attitudes trouvent à s’alimenter aux discriminations vécues par telle ou telle communauté. Lutt er contre le s discriminations aidera à réduire le champ et la justification des comportements critiquables.

-  En affirmant que la laïcité n’est pas seulement un problème franco français. Ce qui en constitue l’exemplarité est une recherche de valeurs tendant à l’unive rsel qui ne sont pas assignées à un espace territorial. Quelles que soient les formes juridiques sur lesquelles elles reposent, variables selon l’histoire de chaque pays, ces valeurs s’organisent sur la séparation des institutions publiques et des religio ns pour garantir les libertés individuelles, le pluralisme culturel et religieux et l’égalité des droits des citoyens. Cette idée est devenue, en France, un principe constitutionnel. Il convient d’en faire l’une des composantes de la constr uction européen ne tout en respectant les autres démarches...

- En restant d’une clarté absolue sur les principes, en sachant dire à la fois l’essentiel et l’inacceptable, tout en faisant preuve d’intelligence dans leur mise en œuvre.

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Rapport de la Ligue de l’Enseignement devant la commission Stasi

Table des matières

- Comment aborder le problème ? P.4
- La ligue de l’enseignement et la laïcité p.5
- La question juridique est résolue pour l’essentiel p.7
- Un problème culturel et social p.9
- La question de l’islam p.9
- Des représentations problématiques p.10
- Sur toutes ces questions, il n’est d’autre urgence que de calmer le jeu p.13
- Sortir de l’ethnocentrisme p.13
- Communauté et communautarisme p.15
- Des revendications et des comportements inacceptables p.16
- L’unité nationale est politique, et non pas culturelle p.18
- C’est guidés par ces orientations que nous abordons quelques questions particulières p.20
- Faire du service public laïque d’éducation nationale, une ambition commune p.20
- Favoriser le brassage par la culture, le sport et les loisirs p.27
- Obtenir une autre poli tique des médias p.28
- L’europe doit se tourner vers son avenir p. 29
- Traiter les statuts particuliers p.30
- Combattre le phénomène sectaire p.31
- Favoriser le rôle des corps intermédiaires, notamment des associations p.32
- Pour conclure p.34
- Ce que nous attendons des con clusions de la commission sur l’application du principe de laïcité dans la république p.35





* Thème(s) associé(s) à l'article :
Enseignement - Femmes - Foulard - Loi de 1905