Quel double discours ? Quel débat ?
mardi 25 novembre 2003
Le communautarisme qui est en train de gangrener la France est une réalité qui n’a rien à voir avec l’islam.
Depuis près d’un mois, pas un jour, ou presque n’est passé sans que divers journaux ne publient un texte critique me concernant. Je n’avais, jusqu’à aujourd’hui, ni la volonté ni le temps de répondre à cette avalanche de propos dont j’affirme que les réponses se trouvent déjà dans la plupart de mes livres et articles. Il reste qu’après l’émission Cent minutes pour convaincre, on a pu lire dans Libération (du 21 novembre) que « Sarkozy [s’était payé] le double discours de Ramadan. » On aurait donc eu ce que l’on voulait, et la preuve de ma duplicité serait donc définitivement établie.
Commençons par le commencement. M. Sarkozy est ministre de l’Intérieur, responsable des renseignements généraux qui me suivent et me surveillent depuis des années, comme tous les acteurs musulmans de France. Au moment de venir me confondre devant six millions de téléspectateurs, il n’a sous la main, pour prouver mon double discours, que les propos de mon frère et ceux d’une femme exposés dans un livre dont j’ai écrit la préface. Avouez que c’est maigre et il serait bon, enfin, que les Français en prennent acte.
On a néanmoins voulu déceler une preuve de ce « double discours » dans la discussion sur la lapidation. Ma position est claire et je la répète ici : j’ai dit et écrit que, selon moi, « la lapidation n’est jamais applicable » et j’ai condamné avec détermination toutes les pratiques (notamment saoudiennes et nigérianes) en ce qui concerne la peine de mort et les châtiments corporels. Parmi les ulémas du monde musulman, cette opinion est minoritaire et la plupart font systématiquement référence, mais sans être toujours clairs, aux « conditions d’application des peines ». Face à ces positions, je demande donc un moratoire absolu sur toutes les peines afin qu’un débat de fond ait lieu parmi ces oulémas (pour discuter leurs interprétations) et que l’on cesse entre-temps d’utiliser l’islam pour opprimer les pauvres et les femmes. Le but de cette mesure est clairement de nous permettre d’aller vers une cessation de ces pratiques : nous n’y parviendrons néanmoins pas sans un débat intracommunautaire approfondi. Je m’exprime dans l’ensemble du monde musulman et en ne m’arrêtant pas à une condamnation personnelle (qui est claire), mon but est de faire évoluer les mentalités et c’est en ce sens que j’ai parlé d’une « attitude de pédagogue ». Je tiens le même discours en France, en Asie ou dans le monde arabe.
J’aimerais néanmoins, ici, interpeller sans détour M. Sarkozy, ministre de la République, qui a eu beau jeu d’insulter mon frère absent (avec lequel je ne suis pas d’accord mais que je n’accepte pas que l’on salisse) : puisque celui qui défend la lapidation est « un déséquilibré », oserez-vous dire que le roi Fahd d’Arabie Saoudite, qui non seulement la défend mais impose son application, est un « déséquilibré profond » et condamnerez-vous cet Etat en exigeant l’arrêt immédiat de « ces odieuses pratiques » ? Les relations entre la France et cet Etat, de même que votre fonction politique, vous en empêchent-elles ? Vous avez donc un discours pour le public français et un autre avec les dictatures ? Un double discours donc ? Ce n’est pas mon cas car ma condamnation est sans insulte mais sans appel.
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