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Islam & Laïcité >> Contributions des internautes

Eléments sur une « non enquête »
L’antisémitisme de Tariq Ramadan
par Alain Gérard

Tariq Ramadan fait l’objet d’une véritable campagne calomnieuse dans certains médias français, qui, loin d’alimenter un véritable débat, s’obstinent à discréditer le philosophe.



« Peut-on être altermondialiste et antisémite ? » Ainsi Claude Askolovitch lançait-il, dans « Le Nouvel Observateur » du 9 octobre 2003, le débat sur Tariq Ramadan. Il reproduisait deux phrases et deux phrases seulement d’un texte de Ramadan, « Les (nouveaux) intellectuels communautaires », refusé par « Le Monde » et « Libération », et qui circulait sur Internet. Commençait alors une véritable chasse à courre contre le professeur d’islamologie de Genève, petit-fils de Hassan El-Banna, le fondateur des Frères musulmans égyptiens. De toute la presse, seul « Le Monde » donnera à ses lecteurs la possibilité de juger sur pièces, en publiant de larges extraits de la tribune incriminée. Pour « Libération », par exemple (11-12 octobre) sous un titre sur quatre colonnes « Des relents d’antisémitisme sur la toile altermondialiste », le journaliste se borne à expliquer que Ramadan « prétend démontrer que “des intellectuels juifs français que l’on avait jusqu’alors considérés comme des penseurs universalistes“ développent “des analyses de plus en plus orientées par un souci communautaire“. »A partir de cette date, « Libération » publiera plusieurs tribunes « libres » hostiles et critiques (dont une affirmant qu’il aurait de la sympathie pour le négationnisme de Roger Garaudy – lire plus bas) de Tariq Ramadan – il faudra attendre un mois, le 25 novembre, pour que le quotidien donne la parole à l’intéressé.

Le texte de Ramadan est disponible sur Internet. Il peut être critiqué et il est à mon sens critiquable – notamment en faisant mention de la judéité, réelle ou non, de certains intellectuels et en y voyant la raison de leur soutien à la politique du gouvernement israélien. Mais, tout travail d’investigation sérieux aurait dû amener les journalistes, d’un côté à offrir à leurs lecteurs une partie significative du texte incriminé, de l’autre à rechercher dans l’œuvre de Ramadan ses déclarations concernant les juifs, l’antisémitisme, voire Israël. On aurait pu penser que Claude Askolovtich, qui avait lancé l’affaire, allait dénicher quelques bonnes citations pour prouver la continuité de « la pensée Ramadan », son caractère profondément antisémite.

Et puis, rien. Ou plutôt si, un appel de trois dirigeants socialistes Jean-Luc Mélenchon, Vincent Peillon et Manuel Valls dans « Le Nouvel Observateur » du 23 octobre intitulé « Monsieur Ramadan ne peut pas être des nôtres ». _ Ces trois dirigeants du PS récusaient la participation de Ramadan au Forum social européen dont ils n’étaient même pas organisateurs. Le plus intéressant en l’occurrence, et que peu d’observateurs ont noté, c’est que trois importants responsables de trois courants du PS qui n’arrêtent pas de se déchirer aient trouvé si rapidement un terrain commun. _ Miracle ? Claude Askolovitch peut se féliciter de son travail : il a écrit lui-même le texte de l’appel commun, l’a fait approuver par Mélenchon, et a arraché lui-même les signatures des deux autres dirigeants socialistes. Bien entendu, cette information est « off »-Elle éclaire d’un jour intéressant l’objectivité du journaliste.

Dans cette polémique, on a retrouvé les déclarations outragées de Bernard-Henri Lévy, y compris un texte publié dans « Le Monde » du 1er novembre, avec de fausses citations et des citations tronquées, d’Alexandre Adler et d’autres. Un épisode amusant, si l’on peut dire, a eu lieu pendant ce débat. Le premier ministre partant de Malaisie, Mohamed Mahathir accusait les Juifs d’avoir entrepris, après la Shoah, de « diriger le monde par procuration ». Bernard-Henri Lévy s’indignait de ces propos. Pendant ce temps, Alexandre Adler publiait un éditorial, assez conforme à ce qu’écrivait au même moment la presse américaine, « Ne diabolisons pas Mahathir » (Le Figaro, 22 octobre 2003), tandis que Ramadan condamnait les propos du premier ministre de Malaisie dans « Le Monde » (29 octobre 2003)… Imaginons un moment que ce soit Ramadan qui ait écrit une tribune intitulée « Ne diabolisons pas Mahathir ». Nous attendons encore les condamnations par Bernard-Henri Lévy de l’antisémitisme d’Alexandre Adler.

Durant le débat avec Nicolas Sarkozy, à « Cent minutes pour convaincre » (France 2, 20 novembre), la question de l’antisémitisme a, évidemment, été abordée. Que saura le lecteur de « Libération » du 21 novembre ? Sous le titre pour le moins orienté « Sarkozy se paye le double discours de Ramadan », il lira que Ramadan « assurait (…) condamner “absolument l’antisémitisme“ », déclaration bien générale, preuve sans doute du « double langage » de l’intellectuel musulman. Le journaliste omettra de signaler que Ramadan a condamné les propos de Mahathir et l’attaque contre l’école juive de Gagny. Pourtant, dans le quotidien de Serge July, le matin du 20 novembre, Jean-Christophe Cambadélis, député PS de Paris, estimait que, plutôt que de boycotter Ramadan, il valait mieux lui poser des questions précises « par exemple lui demander de condamner l’attentat contre un lycée juif de Gagny ». Pourquoi « Libération » n’a pas fait, le lendemain, mention de la condamnation par Ramadan de l’attaque de Gagny ?

La logique ainsi développée est la suivante : Ramadan est antisémite ; ce qu’il peut écrire ou dire n’a pas d’importance : s’il condamne l’antisémitisme, c’est la preuve de son « double langage » ; s’il ne le condamne pas, alors… Dans certains cas, on accole à Ramadan l’étiquette « objective » : «  accusé d’antisémitisme » ; ce qui évite au journaliste de se prononcer, mais aussi d’informer ses lecteurs sur les positions de Ramadan.
Faisons donc le travail qu’Askolovitch aurait dû faire. Tariq Ramadan est intervenu à de nombreuses reprises sur l’antisémitisme, les juifs, le terrorisme. Extraits disponibles pour tout un chacun :

- Sur l’antisémitisme musulman : "Des propos malveillants, des « A bas les juifs ! » fusant dans certaines manifestations, voire des exactions contre des synagogues, ont pu être enregistrés dans différentes villes de France. Plus généralement, on a pu entendre ici et là des propos ambigus sur les juifs, leur pouvoir occulte, leur rôle insidieux dans les médias, leur sombre stratégie... Après le 11 septembre, les fausses rumeurs sur les 4 000 juifs qui ne se seraient pas présentés à leur poste le matin des attaques contre le World Trade Center ont été relayées jusque dans les banlieues.Des voix musulmanes, trop rares, se sont fait entendre pour se démarquer de ces propos et attitudes. On a parfois expliqué ces phénomènes par la frustration et un sentiment profond d’humiliation. Cela peut être mais il faut néanmoins être honnête et aller jusqu’au bout de l’analyse du phénomène : comme cela se voit à travers le monde musulman, il existe aujourd’hui en France un discours antisémite qui cherche à tirer sa légitimité de certains textes de la tradition musulmane et qui se sent conforté par la situation en Palestine." Tribune dans « Le Monde », 24 décembre 2001). (Voir aussi en annexe de ce texte et en anglais, l’article paru dans le quotidien israélien Haaretz)

- Sur les attaques du 11 septembre 2001 : « Certains ont essayé d’éviter la question en affirmant que, dans les faits, on ne savait pas qui avait organisé ces attaques. Que les preuves définitives manquent, cela est un fait, mais qu’il existe des musulmans dont Ben Laden lui-même (qui l’a dit et écrit) qui pensent que l’on peut répandre la violence et tuer les non-musulmans et les négateurs, les kuffar, quels qu’ils soient sans autre considération que celle de ce qu’ils sont… cela est un fait non moins avéré. Et il faut dire et répéter que ces propos ne respectent pas les principes de l’islam, qu’ils trahissent son enseignement général. En ce sens, la condamnation des actes de terrorisme comme ceux de New York doit être sans appel. Rien en islam ne peut légitimer ces actes. » (Jihad, violence, guerre et paix en islam, éditions Tawhid, Lyon, 2002, p. 63.)

- Sur la situation en Palestine et l’usage de la violence : Sur la résistance palestinienne et ses moyens d’action : « La résistance palestinienne est légitime, tant sur le plan du droit international qu’à la lumière des enseignements islamiques : l’occupation sioniste est une colonisation, une agression qui se traduit par une oppression systématique de tout un peuple. On doit discuter les méthodes employées en affirmant que le fait de s’en prendre à des civils n’est pas légitime. Pendant des années, la résistance palestinienne ne s’est pas attaquée à des cibles civiles mais, avec l’oppression continuée des forces d’occupation israélienne, le déséquilibre immense des forces en puissance (sic, sans doute présence) et le silence de la communauté internationale…, leur dernier recours fut les opérations contre les civils. Il faut autant condamner ces actes que condamner l’attitude des parties en présence dans la gestion de la crise : on ne peut rejeter toute la faute sur des femmes et des hommes, niés et opprimés, qui n’ont comme seul recours que de sacrifier leur vie et s’en prendre aux seules cibles qu’ils puissent atteindre (compte tenu de l’incroyable arsenal militaire israélien) et oublier de condamner la politique israélienne première productrice de cette violence, de même que la passivité inacceptable des Etats-Unis et de l’Europe dans le traitement de la crise, laquelle offre finalement une caution morale au terrorisme d’Etat israélien et pousse les Palestiniens vers l’ultime recours des attentats pour être entendus. » (Jihad, violence, guerre et paix en islam, éditions Tawhid, Lyon, 2002, pp. 64-65)

- Paix et guerre en Palestine : Ramadan a signé, avec 13 000 autres personnes, dont Akhénaton, chanteur du groupe de rap IAM ; Gilles Bernheim, grand rabbin de la synagogue de la Victoire, à Paris ; Dali Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris ; Gérard Defoix, évêque de Lille et ancien évêque d’Auxerre ; le cinéaste Elie Chouraqui ; Jacques Noyer, évêque émérite d’Amiens, le comédien Smaïn, etc. l’appel suivant de l’hebdomadaire « Témoignage Chrétien » : «  Au nom du Dieu de Moïse, de Jésus et de Mohammed, il faut cesser le combat » : "Filles et fils du Dieu d’Abraham, nous refusons le diktat de la guerre qui jette dans un corps à corps fratricide les peuples israélien et palestinien. Ce sang versé sur la terre sanctifiée par la Torah, l’Evangile et le Coran désespère l’humanité. Il outrage l’Esprit de vie et de paix qui fait battre le coeur des croyants. Au nom du Dieu de Moïse, de Jésus et de Mohammed, nous exhortons les responsables de cette guerre à cesser immédiatement le combat et à redonner toute sa primauté au dialogue, à la négociation. La politique est la voie non-violente par excellence, la seule capable de répondre aux aspirations des sociétés israélienne et palestinienne à vivre libres, dans la justice et la sécurité. Dans l’esprit de la dernière rencontre d’Assise, en janvier dernier, nous attendons des responsables religieux qu’ils mettent en pratique leurs engagements pour la paix. Nous leur demandons de mener ensemble une mission de bons offices sur place pour que les armes se taisent enfin. Les signataires de cet appel s’engagent à contribuer, selon leurs moyens, à la réalisation et à la réussite de cette médiation. La guerre israélo-palestinienne a déchaîné jusqu’en France des passions criminelles mettant en péril des vies et des lieux de culte, notamment des synagogues. Face à ces violences, les responsables politiques actuellement en campagne ont le devoir de faire respecter les fondements démocratiques de notre communauté de destins. Nous appelons les croyants de ce pays à s’ouvrir aux autres, à être des éducateurs de paix et de respect mutuel. "

Digression sur Roger Garaudy

Au cas où vous ne seriez pas encore convaincus, Cynthia Fleury et Emmanuel Lemieux, apportent, dans « Libération » du 19 novembre 2003, une preuve décisive de l’antisémitisme de Ramadan : «  Rappelons simplement, écrivent-ils, que dans d’édifiantes pages et notes annexes, jamais remaniées malgré de nombreuses rééditions, Tariq Ramadan exprimait, par exemple en 1995, toute son admiration pour l’islamologie de Roger Garaudy, à l’époque déjà négationniste (le Face-à-face des civilisations, quel projet pour la modernité ? Tawhid éditions, voir notamment page 358) ». Que déduire de ce propos ? Que Ramadan a une grande admiration pour Roger Garaudy, apôtre du négationnisme, donc il l’est lui-même, donc il est antisémite, CQFD.

Ce que le lecteur ne saura pas, c’est que les citations de Roger Garaudy portent pour l’essentiel sur la notion de zakat (impôt musulman), riba (usure), etc. Une autre citation est : « Dans son ouvrage Biographie du XXème siècle, Roger Garaudy relève, concernant l’Occident, que "son apport principal n’est pas la technique mais la critique" ; plus loin il ajoute : "Ce que l’Europe a apporté, de Socrate à Kant, de Kierkegaard à Marx, de Nietzsche à Husserl, ce n’est pas la foi mais le doute. Ce doute est l’épreuve du feu nécessaire à toute foi véritable. » Celle mentionnée par nos deux auteurs, page 358 (en note !) serait « la plus compromettante ». Ramadan dit : « Roger Garaudy s’est converti à l’islam après une longue évolution qu’il qualifie de "naturelle", comme l’est ici sa référence à la notion du "doute" qui tient au fait des origines de sa pensée. Sa très longue expérience, sa participation aux plus grands débats philosophiques et politiques de ce siècle, font de lui un philosophe de référence dans la compréhension du monde occidental. Sa réflexion critique intéresse tout autant les musulmans en ce qu’elle appelle à retrouver les forces vives de "l’islam matinal" (…) » Garaudy est un penseur qui a suscité beaucoup de critiques et beaucoup d’éloges dans la presse française. On peut penser que son œuvre est importante ou non. Fallait-il supprimer, dans les éditions qui ont suivi la première édition du « Face-à-face des civilisations » en 1995, toute mention au philosophe, qui ne produit son texte négationniste qu’en 1996 ? Que n’aurait-on pas dit si Ramadan avait supprimé ces références : « il tente de cacher ses liens avec Garaudy ».

Pourquoi les rédacteurs de cette tribune laissent-ils entendre que Ramadan serait complaisant avec le négationnisme ? Dans le livre « L’Islam en questions », Babel-Actes Sud, 2002, p. 96) Ramadan écrit : « Il faut reconnaître l’horreur que fut le génocide, en étudier la portée et respecter la blessure et la souffrance qui ont façonné la conscience juive au XXe siècle. On ne peut nier ce qui s’est passé en Europe et il faut reconnaître cette souffrance, cela ne fait aucun doute. »


Annexe : un entretien avec la presse israélienne

« Haaretz Daily » Sunday, May 26, 2002 “My fellow Muslims, we must fight anti-Semitism”

In France, Muslim intellectuals and religious leaders have come out against attacks on Jews and Jewish religious institutions. Outstanding among them is Tariq Ramadan, who explains his beliefs.

By Joseph Algazy

In the middle of April, during the Israel Defense Forces campaign in the West Bank, a group of 57 Muslim, Christian and Jewish religious leaders and intellectuals published a call in the French media “to stop the fighting.”

Among the signatories to this call was Tariq Ramadan, who lectures on philosophy at the College of Geneva and on Islamic Studies at Fribourg, Switzerland ; the Grand Mufti of Marseilles, Soheib Bencheikh ; the Catholic Bishop of Ivry, Michel Dubost ; the President of the Protestant Federation of France, Jean-Arnold de Clermont ; Orthodox priest Michel Evdokimov ; the Chief Rabbi of France Gilles Bernheim and the former president of the representative council of the Jewish organizations in France, Henri Hajdenberg.

The public call stated : “The blood that is being spilled on the land that was sanctified by the Torah, the Gospels and the Koran is causing humanity to despair.” The signatories also warned that “the Israeli-Palestinian war has awakened criminal tendencies in France that endanger human lives and places of worship, including Jewish synagogues.”

Ramadan, 39, is not only an outstanding Muslim intellectual but also the grandson of the founder of the Muslim Brotherhood in Egypt, Hassan Al-Bana, who was murdered in his own country in 1949. He firmly condemns the anti-Semitic incidents that took place during the past year in France, Belgium and other European countries, such as attacks on synagogues and Jewish institutions. “Too few Muslims have spoken out against these anti-Semitic and Judeophobic phenomena,” he says.

In his opinion, any attempt to afford legitimization to anti-Semitism on the basis of texts taken from the Islamic tradition, and as an expression of protest against the suffering of the Palestinians, must be firmly rejected.

“To my regret, anti-Semitic utterances have been heard not only from frustrated and confused young Muslims, but also from certain Muslim intellectuals and imams,” he says, “who in every crisis or political backsliding see the hand of the ‘Jewish lobby.’ There is nothing in Islam that gives legitimization to Judeophobia, xenophobia and the rejection of any human being because of his religion or the group to which he belongs. Anti-Semitism has no justification in Islam, the message of which demands respect for the Jewish religion and spirit, which are considered a noble expression of the People of the Book.”

Even when he identifies urges that have their source in economic distress and social frustration, or the desire to protest against Israel’s oppressive policy, among people who express themselves in an anti-Semitic way and are involved in anti-Semitic acts, Ramadan refuses to demonstrate understanding or forgiveness toward them. He says : “The social and political forces in the Muslim communities must act to educate toward the delegitimization of elements of anti- Semitism. Leaders and imams have the responsibility to disseminate an unequivocal message about the profound connections between Islam and Judaism and Islam’s recognition of Moses and the Torah.”

“Despite what is happening today in Israel and Palestine, despite [Prime Minister Ariel] Sharon’s policy, despite the feelings of anger and frustration - those responsible for all the Muslim political and social organizations must open a clear dialogue that distinguishes between criticism of Israel’s policy, and anti-Semitic and Judeophobic statements and actions. This is lacking today and this is a great responsibility.”

The statements made by Muslim leaders so far do not satisfy him ; these saw the anti-Semitic acts as deeds of a local nature, behind which there have been no national organizations and which derived from a sense of economic and social frustration. “The neighborhoods and suburbs must take educational action to clear out phenomena of Judeophobia and of the attaching of labels and stigmas ; it is necessarily to criticize mercilessly the theses of the extreme right ad not to abandon the arena to dangerous political forces,” says Ramadan.

Self-criticism

Ramadan warned, in his interview with Ha’aretz that two dangerous phenomena exist side by side : one is criticism of and protest against the Israeli government’s policy toward the Palestinians that are accompanied by declarations that deny that the Holocaust took place and the other defines any criticism of Israel as anti-Jewish propaganda and as ignoring the memory of the Holocaust.

“Recently, in a public debate that was held in Brussels on the war in the Middle East,” related the Muslim philosopher, “a woman in the audience challenged : ‘Why do you always bring up the Holocaust ?’

”I replied immediately, ‘It is possible to be against Israel’s policy in Palestine, but we must take into account the real memory of the Jews’ suffering in the 20th century and evince special sensitivity to the Holocaust. This is an obligation of conscience and ethics. We must remember what happened so that it will never happen again.’

“From a different perspective, it is our obligation to tell every Jew or Zionist who supports Israel’s official policy that it is impossible to make systematic use of the Holocaust and the memory of the victims to give legitimization to Israel’s oppressive policy in Palestine. This is forbidden. The fact that there are people who use the memory of the Holocaust to justify Israel’s actions, which many define as state terror against the Palestinian people, does not justify others not taking into account the memory of the Holocaust. Both approaches must be condemned.”

Ramadan says that this opinion is shared by various elements in the Jewish communities of Europe, including that in France, as well as in the United States and Canada. “Even though they are still a minority,” he says, “they are making their voices heard. They are not afraid of self-criticism and are making a clear distinction between the official Israeli policy and their belonging to Judaism and the Jewish tradition. We must hear an identical position in principle from non-Jewish intellectuals as well, Muslims and non-Muslims, that will lead to staunch opposition to criticism of the state of Israel that is accompanied by statements and actions against Jews.

“There is an urgent need for Jewish and Muslim representatives in Europe to hold a frank and serious dialogue about the spirit of malaise that prevails between their communities. This is in order to put a stop to expressions of hostility, introversion, and mutual stigmatization that could hurt their ability to live together. The self-criticism must be mutual.”

According to him, criticism of the policies of Sharon’s government does not mean the expression of disrespect toward Judaism and Jews, just as criticism of regimes and dictatorships in Muslim states does not mean an attack on Islam.

Enthusiastic response

Asked how his Muslim listeners, including intellectuals, respond to his positions, he replies : “Many of them were surprised by my opinions. Though I have not been defined as a traitor, there have been Muslims who have accused me of ‘playing into the enemy’s hands’ with my statements. My reply to them is that any position of self- criticism works to the benefit of he who expresses it and can correct and improve himself, and does not play into the hands of any enemy.

The public and educational activity that I have undertaken is very difficult, as it deals with a subject that is emotionally loaded and demands a lot of patience. I also encounter responses of understanding and enthusiasm from Muslim intellectuals, including people from Arab states, who are encouraging me and telling me : ‘It’s good that you are showing the courage to express your opinions ; they must be stated.’”

Asked whether he sees a contradiction between his tolerance and the ideological heritage of his grandfather Hassan Al-Bana, the founder and leader of the Muslim Brotherhood, whose members persecuted Jews in Egypt during the 1940s, Ramadan replies : “In my opinion it is necessary to present each of the positions, my grandfather’s and my own, in their political and historical context. Al-Bana lived at time when the state of Israel was being formed and he, like others, defined its establishment as an act of colonization which in his opinion justified resistance. This was a very difficult period for the Palestinians.

“Clearly there is a difference between what he said in his day and what I am saying today. I am living and speaking out more than 50 years after he was assassinated, that is, in a different era and in a different historical context. Over the years there have been various developments that I am taking into account in formulating my positions, positions that are congruent with my principles. There are some things of my grandfather’s with which I agree and others with which I don’t agree. I have taken from my grandfather what in my opinion is part of Muslim reformism. Al-Bana often said that ideas must not stand still. In the social realm, my grandfather’s ideology was reformist. Sometimes I express a critical position toward some of my grandfather’s ideological heritage and I take full responsibility for this. Therefore, my grandfather would not necessarily have agreed today with everything that I am saying now.”





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