Texte paru sur le site de la Médina, www.lamedina.fr
Plus de 600 personnes ont assisté le 15 janvier 2004 à Mulhouse au lancement de la deuxième phase de la campagne nationale de la Médina ; les résultats d’une enquête auprès de 269 femmes issues de l’immigration ont été présentés. Blandine Kriegel, présidente du Haut Conseil à l’intégration, annonce que le thème de la vieillesse est le sujet choisi par le HCI pour l’année 2004.
La Médina a lancé à Mulhouse sa deuxième phase de mobilisation nationale sur les relations hommes-femmes. Cette rencontre donne le coup d’envoi du temps fort de la campagne de la Médina et indique que l’écho est croissant. Plus de 600 personnes étaient présentes, en grande partie un public d’habitude peu enclin à assister à ce type de rencontres. La mobilisation a été forte. Elle est l’aboutissement d’un travail d’un mois effectué par Chantal Risser, adjointe au maire de Mulhouse, et Djamila Sonzogni, conseillère municipale déléguée. Elles ont permis le succès de cette soirée. 269 femmes d’origine marocaine, tunisienne, algérienne et turque ont été sollicitées avant la rencontre et ont pu exprimer leurs demandes. Le résultat a été présenté lors de cette soirée.
Mixité, apprentissage du Français, lutte contre les discriminations et mise en évidence des réussites sont les quatre principales revendications de la rencontre de Mulhouse.
Il en ressort en premier lieu la volonté de ces femmes d’’tre des citoyennes à part entière, et le refus du qualificatif " issues de l’immigration ". " Nous sommes issues de nos parents ", témoigne une jeune femme. Elles ne veulent plus parler de l’intégration : " mon enfant a été élu au Conseil municipal des enfants, l’intégration sera réussie pour moi quand il sera maire de Mulhouse ". " On n’oublie pas cependant les devoirs d’un vivre ensemble ", ajoute une dame turque, membre d’un groupe de femmes relais. Elle appelle à du civisme, à ne pas faire du tapage la nuit, ou à monter les escaliers sans bruit. En réponse à une autre jeune d’origine turque qui a relaté les difficultés de sa maman pour communiquer avec les médecins, faute de connaissance de la langue française, et ce malgré ces trente années en France, une femme signale : " je suis venue avec ma maman qui parle parfaitement le français, il ne faut pas jeter la faute uniquement sur l’autre, il faudra qu’on fasse notre devoir également ".
C’est la deuxième demande des 269 femmes interrogées : l’apprentissage de la langue française. Car " c’est par ce biais que nous pouvons acquérir notre indépendance ". Mme Blandine Kriegel, présidente du Haut conseil à l’intégration rappelle que l’une des priorités du contrat de l’intégration est celui d’apprentissage de la langue fran çaise, cependant elle réalise aujourd’hui que les personnes déjà installées en France désirent également cette formation.
La mixité sociale était au coeur du débat et des conclusions de l’enquête. " Pourquoi nous parquer dans des cités, pourquoi y a t-il des endroits où à l’école il n’y a que des enfants d’origine étrangère ? " Le maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, estime que le problème est assez complexe malgré tous les efforts déployés. Selon lui, il reste toujours du travail à faire pour humaniser les quartiers et les transformer, mais tout cela ne peut se faire d’un seul coup. Interpellé sur la participation des populations issues de l’immigration, il répond sur un ton ferme : les places en politique s’arrachent en combattant, il ne faut pas avoir d’illusions.
Le troisième axe était celui de la lutte contre les discriminations. De nombreuses jeunes filles et jeunes gar çons ont présenté leurs difficultés à garder un emploi stable. Tous néanmoins relativisent : il ne faut pas oublier qu’à côté des échecs, il y a de nombreuses réussites. Un témoignage d’une ambulancière qui est venue à l’âge de 15 ans en France était particulièrement émouvant : " ce sont mes parents qui ont choisi pour moi, sans connaissance de la langue je me suis formée, j’ai trois enfants, je me bats pour les élever et je remercie toutes les personnes qui m’on aidée dans mon parcours ". Une femme portant le foulard et peintre en carrosserie a exprimé sa fierté d’avoir pu élever ses enfants qui sont tous aujourd’hui à l’université. Une voix s’est élevée pour dire qu’il y a une régression de la femme en France par rapport au pays d’origine. Les femmes n’ont pas le droit de sortir, de s’habiller comme elles le désirent. Des réactions dans la salle ne se sont pas laissées attendre : " nous avons laissé nos maris dans la maison pour garder les enfants, on est là, on se bat et on participe ". L’une des demandes des femmes interrogées concerne la création de cafés pour les femmes. Blandine Kriegel rappelle que c’était la demande des femmes après 68, les femmes fran çaises n’ont pu arracher leurs droits que récemment et il y a encore du travail à faire. Janet Boughrab membre du Haut conseil à l’intégration a présenté les travaux du conseil et le rapport qui a été soumis au président de la République. Elle s’est félicitée de l’issue de l’une des demandes du conseil : la condamnation des accords franco-marocains sur le statut personnel a été dénouée gr‚ce à la récente présentation d’une réforme de la moudawana au Maroc (code de la famille désormais plus équilibré entre l’homme et la femme). Mme Blandine Kriegel a annoncé que le HCI va consacrer son travail cette année à la situation des personnes ‚gées issues de l’immigration. Un début de discussion, autour de ce thème, a eu lieu à bordeaux et une journée d’étude devra marquer une étape de la campagne. Les débats se recoupent et s’enrichissent nous sommes au coeur des préoccupations de la société. M. Bockel a salué l’initiative de la Médina qui a permis de déclencher quelque chose à Mulhouse.