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Islam & Laïcité >> Contributions faites aux réunions de la Commission - Archives

CR du 12 décembre 2002
La formation au fait religieux
par Evelyne Martini

Présentation par Evelyne Martini, Inspectrice pédagogique régionale de Lettres et membre de l’ARELC (Association religion, citoyenneté et laïcité), du séminaire de formation organisé par le ministère de l’Education nationale début novembre autour des recommandations du rapport Régis Debray.

J’ai organisé pendant plusieurs années de nombreux séminaires de formation pour le personnel de l’éducation nationale sur la sensibilisation aux religions et j’ai participé au séminaire de novembre 2002 en tant qu’inspectrice et comme co-animatrice d’un atelier.

Le rapport Debray avait fait plusieurs prescriptions et suggestions parmi lesquelles la tenue d’un séminaire national réservé au corps d’encadrement du ministère (l’inspection pédagogique régionale, l’inspection générale et les responsables d’IUFM), la création d’un Institut européen des sciences des religions rattachée à la 5ème section de l’Ecole pratique des Hautes Etudes. Il y avait également la demande faite à tous les IUFM de prévoir des modules obligatoires de formation au fait religieux, plus exactement à la philosophie de la laïcité et à l’histoire des religions dans le cadre de la formation initiale des professeurs des écoles et des professeurs de collèges et de lycées. Ces formations sont en train de se mettre en place.

Il y avait donc ce séminaire qui s’est tenu les 5-6-7 novembre 2002 à Paris. Il a réuni environ 300 personnes et de nombreux intervenants. On peut dire que ce fut une grande réussite même si l’on sentait au cours des interventions que des courants divers et souvent contradictoires étaient représentés. Réunir autant de membres des corps d’encadrement du ministère avec des universitaires, des professeurs et faire que tous travaillent à partir de l’examen de textes et d’œuvres – la perspective du colloque a bel et bien été patrimoniale – était un pari très important et qui constitue une sorte de caution pour la suite.

En ouverture et avant l’exposé de Régis Debray, nous eûmes droit à quelques paroles d’encouragement de la part du président de la République et en présence du ministre Xavier Darcos. Ce n’est pas anecdotique et cela indique l’importance de l’enjeu. Cela manifestait une continuité dans la démarche engagée par Jack Lang et reprise par Luc Ferry.

Régis Debray a fait une intervention sur le fait religieux qui était destinée, me semble-t-il, à rassurer. A se faire entendre par tous. Il a essayé de présenter une démarche ouverte et en même temps rassurante pour ceux qui auraient peur d’une mise en cause de la laïcité.

Remarquable était la présence de tant de doyens de l’inspection générale à la même table prenant la parole au nom de la discipline qu’ils représentaient. Ils avaient à répondre à la question suivante : « Est-ce qu’on parle du fait religieux dans la discipline que vous représentez ? » et il était fort intéressant de prendre la mesure des différentes approches.

Claude Langlois (directeur de l’EPHE) a fait une présentation historique. Une présentation extrêmement institutionnelle mais posant bien les problèmes et confirmant que l’institution était résolue à les prendre en compte. Les trois journées étaient organisées autour des interventions du matin et des ateliers de l’après-midi. Ateliers menés avec des universitaires assistés d’inspecteurs pédagogiques. Ces tandems furent extrêmement fructueux dans l’ensemble. Les ateliers du premier jour étaient centrés sur les textes. Quelques exemples : La Genèse et les mythes de l’origine ; La formation des textes bibliques ; La formation du Coran ; Comment parler des figures fondatrices ? ; La critique du fait religieux dans la littérature française des Lumières ; Romantisme et religion ; Le sacrifice d’Abraham dans la Bible et dans le Coran…

A la fin de la première journée Jean Delumeau évoqua à sa manière le fait religieux.

Le lendemain, de nouveau, interventions générales cette fois de François Jullien sur la sagesse chinoise « Moïse ou la Chine » ; d’autres contributions sur la religion romaine ou l‘architecture religieuse et la culture de la dévotion. L’après-midi, reprise des ateliers qui partaient cette fois des œuvres : Histoire de l’image de Dieu ; L’usage chrétien du paganisme ; La lecture d’un vitrail ; L’art sacré dans la création contemporaine ; Musique religieuse, musique profane etc.

A la fin de la deuxième journée, il y eut une intervention de Dominique Ponnau, ex-directeur de l’école du Louvre : Réactions subjectives sur quelques œuvres d’art (on pouvait choisir également de visiter le musée d’art et d’histoire du judaïsme). La dernière journée comporta uniquement des conférences induisant des conclusions un peu plus politiques. Dans la matinée, retour sur l’islam avec Pierre Lory ; sur le fait religieux aux Etats-Unis, sur les sectes, une intervention de Ghassan Salamé, ministre libanais de la culture, sur le facteur religieux dans la société contemporaine clôtura la matinée.

La diversité des approches, des personnes et des contenus était donc grande. Nous avons terminé avec deux conférences davantage centrées sur les questions scolaires et la laïcité : « Comment dire le fait religieux dans l’école publique » ; « Laïcité et enseignement du fait religieux ». Il est apparu à cette occasion que les résistances étaient puissantes. Une conférence de JP. Willaime sur les perspectives européennes, destinée à resituer le cheminement français dans le cadre européen, donna un éclairage essentiel.

Dominique Borne, Inspecteur général d’histoire, partie prenante de toutes ces affaires depuis longtemps (tout comme le recteur Joutard également présent) a conclu de manière plus optimiste et humoristique. J’ai eu le sentiment que le public a beaucoup apprécié la qualité de la rencontre et la manière de poser franchement les problèmes, même si l’on sent que certaines tensions subsistent ou se renforcent.

Maintenant c’est la suite qui compte : est-ce que les demandes faites à l’inspection pédagogique et aux IUFM auront des effets réels ? Je peux déjà dire que pour ce qui est des IUFM les suites existent mais sont très diverses. Il y a des IUFM qui ont déjà préparé des modules très soignés. D’autres sont plus ou moins en résistance ou se tiennent dans un attentisme prudent. Quant aux inspections pédagogiques régionales qui peuvent proposer un certain nombre de thématiques pour les stages de formation continue et inciter les enseignants à se former, elles réagissent lentement et diversement elles-aussi. L’on peut espérer que la création et le fonctionnement de l’Institut européen des sciences des religions permettront de relancer la dynamique et de préciser encore un peu plus les objectifs et les enjeux.





* Thème(s) associé(s) à l'article :
Enseignement - Rapport Debray