La commission Commission Stasi a été influencée par la manière dont l’ "affaire du voile" a été traitée à la télévision, et, en retour, la télévision a repris à son compte les conclusions de la commission Stasi.
D’une part, le choix de l’unique fille voilée auditionnée par la commission Stasi a été étudié par l’équipe de l’émission "Arrêt sur images", animée par Daniel Schneidermann. Celui-ci cite un documentaire diffusé sur la chaîne "Sénat" (intitulé "Dans les coulisses de la commission Stasi"), montrant Bernard Stasi réclamant celle qu’il avait "vu à la télé" plusieurs fois. Le constat est préoccupant : "Une commission officielle de la République censée prendre la température du réel selon des critères scientifiques se décharge de la responsabilité du choix sur les médias".
D’autre part, un documentaire dénonçant la "montée du communautarisme" dans le lycée Turgot à Paris a été diffusé sur France 3 au printemps 2003, quelques mois après la fin des travaux de la commission. Intitulé "Quand la religion tente de faire la loi au lycée", il s’appuyait notamment sur le témoignage de la proviseure pour défendre une thèse alarmiste. Il se trouve que cette proviseure avait été auditionnée par la commission Stasi, et que son témoignage avait fait partie de ceux qui avaient marqué les membres de la commission, comme l’a expliqué Alain Touraine sur le plateau d’"Arrêt sur images" : "Nous avons été soumis à une pression considérable d’enseignants. Des proviseurs, des enseignants, on en a entendu beaucoup plus que de femmes voilées. La proviseure de Turgot nous a dit que depuis le début de la deuxième intifada, les lycéens en France s’identifient par la religion (...). Ca nous est dit et redit, ça veut dire que le communautarisme il est là."
Le documentaire de France 3, qui a d’ailleurs provoqué une vive polémique au sein du lycée Turgot, s’est ainsi basé sur un témoignage qui avait déjà marqué les membres de la commission Stasi pour défendre la thèse d’un communautarisme grandissant et généralisé menaçant l’école laïque. Problème : sur le plateau d’ "Arrêt sur images", la proviseure elle-même explique peu après que "des élèves voilées, il y en a trois qui posent leur voile à l’entrée et qui le reprennent à la sortie. Alima [une jeune fille qui avait commencé à porter le voile pendant le tournage du documentaire et qui refusait de l’enlever pendant les cours] est la seule, dans ces trois mois, qui ait insisté. Depuis trois ans, il y a eu un certain nombre de tentatives. Je dirais... trois pas an, mais qui ne sont pas allées jusqu’à l’extrémisme d’Alima".
Outre l’influence réciproque entre les travaux de la commission Stasi et le traitement médiatique de l’ "affaire du voile", Daniel Schneidermann souligne la "misère statistique" dont a souffert le débat. Pas moins de quatre statistiques officielles contradictoires concernant le port du voile à l’école sont disponibles :
- ministère de l’Intérieur : vingt "cas difficiles" sur 1256 filles voilées, dont quatre ont été exclues en 2003
- ministère de l’Education Nationale : une centaine de cas par an "posent problème", dont dix sont l’objet d’un "contentieux" en 2003
- médiatrice de l’Education Nationale : 150 "cas de conflit" en 2003, contre près de 300 en 1994
"Cela ne veut pas dire que l’image de télévision a inventé le problème du voile, (...) mais elle l’a pour le moins déformé" conclut le journaliste.
voir la conférence : http://www.tous-les-savoirs.com/ind...
(le passage concernant l’ "affaire du voile" se situe entre la 17e et la 42e minute)