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Islam & Laïcité >> Contributions aux débats

25e université d’été de la communication d’Hourtin (26-08-04)
Débat : le traitement médiatique de la laïcité à travers le débat sur le voile
par Dominique Pinsolle

Ce débat organisé dans le cadre de la 25e Université d’été de la communication d’Hourtin aborde les problèmes posés par le traitement médiatique de la question du voile : simplification à outrance, caricature, surmédiatisaion, manque d’analyses critiques... Ce traitement-là était-il inévitable ?

Débat organisé dans le cadre des "Entretiens de l’information", 25e Université d’été de la communication d’Hourtin (23-26 août 2004).

Débat animé par Pierre TOURNEMIRE (Ligue de l’Enseignement, secrétaire général adjoint)

Participants :

 ALLANIC Jean-Claude (France 2, médiateur)
 BEN SADIA Hamida (Féministes pour l’Egalité, secrétaire générale)
 BOUCHARD Pascal (Agence Education Formation, directeur rédaction)
 DAURIAC Christian (France 3, directeur recherche et développement)
 GONTHIER Patrick (UNSA Education, secrétaire général)
 MISSLIN Frédérique (Radio France Internationale, journaliste)
 ROLLIN Jean-Pierre (Ambassade d’Allemagne en France, conseiller su service culturel)
 ROMAN Joël (Esprit, co-rédacteur)

Voir le site de l’université d’été d’Hourtin : www.crepac.com


Ce texte n’est pas la retranscription du débat. Celle-ci sera publiée dans les Actes des Entretiens de l’information (à paraître).


Insatisfaction générale

Qu’il s’agisse des journalistes ou des représentants d’associations, tous se disent insatisfait du traitement médiatique de la question du port du voile à l’école.

La majorité des participants, à l’instar de J. Roman (Esprit), estiment que cette question a fait l’objet d’une "surmédiatisation".
C. Dauriac (France 3), par exemple, pense que le "surtraitement médiatique" de la question du voile a surtout été le fait de la presse écrite, et que ce débat a été à la fois un "révélateur" de la société française, mais également un "rideau de fumée" qui a occulté d’autres sujets plus importants. Au sein de sa rédaction, certains journalistes estimaient que le problème des 800 000 chômeurs qui allaient être radiés était plus important que celui du voile à l’école.
Même si elle refuse de parler de "surmédiatisation", F. Misslin a le sentiment que la réalité du problème a été "déformée" par les médias ; sur RFI, selon elle, une trop grande attention a été accordée aux réactions suscitées par ce débat dans le monde arabe (manifestations de femmes au Caire, à Alger...)

Outre cette "surmédiatisation", c’est à une caricature de débat que l’on assisté selon certains.
P. Bouchard (AEF) estime que les informations fournies par son agence ont été "mal reprises" par la presse ; la plupart des articles sur le sujet étaient en réalité des "éditoriaux cachés".
Pour H. Ben Sadiah (Féministes pour l’Egalité), beaucoup de journalistes n’ont pas fait leur travail. Au lieu d’apporter de manière pédagogique les éléments nécessaires à un débat rationnel, ils ont réduit le débat à un affrontement entre "pro et anti voile". Elle-même, contre le port du voile et contre la loi, explique avoir souvent été exclue des débats médiatiques, parce qu’elle ne correspondait pas aux critères simplificateurs des journalistes.
Le caractère passionné du traitement médiatique de la question a rendu difficile toute approche rationnelle du problème, selon J.Roman (Esprit). On note, par exemple, l’absence de véritable "enquête critique" sur les travaux de la commission Stasi. A ce sujet, P.Bouchard (AEF)exprime sa déception en estimant ne pas avoir saisi la "dynamique des travaux de la commission Stasi".
P. Gonthier (UNSA), de son côté, a eu l’impression que beaucoup de journalistes semblaient "découvrir la question de la laïcité" lorsqu’ils l’interrogeaient. Constatant que le traitement de cette question a été partagé entre les secteurs "éducation", "société" et "politique" des différents journaux, il souligne une "difficulté à savoir qui devait s’occuper du sujet" dans les rédactions. Cette incertitude est, selon lui, révélatrice des "vides énormes" qui existent dans les discours journalistiques, notamment en ce qui concerne la question de la laïcité.

Enfin, J-C. Allanic (France 2), tout comme J. Roman (Esprit), regrettent le fait que plusieurs sujets aient été amalgamés. Dès que le problème du port du voile à l’école était abordé, une multitude de thèmes se trouvaient mélangés : voile, islamisme, féminisme, antisémitisme, Israël/Palestine, banlieues...

Pourquoi un tel traitement ?

Plusieurs explications sont avancées pour expliquer la manière dont le débat sur le port du voile à l’école a été traité dans les médias.

Une première explication met en avant les particularités du sujet.
Pour P. Bouchard (AEF), le traitement médiatique a été passionné et irrationnel parce que le débat lui-même l’était. Par leurs prises de position, les différents protagonistes ont fait du débat un "dialogue de sourds". De ce fait, les médias n’ont pas à "calmer le jeu", mais à rendre compte de la réalité du débat, même si celui-ci est irrationnel par certains aspects. J. Roman (Esprit) pense, au contraire, que les journalistes doivent "calmer le jeu", et éviter que le débat devienne irrationnel en agissant de façon responsable.
C. Dauriac (France 3), de son côté, pense que la coexistence d’une surmédiatisation et d’un manque d’informations (concernant les travaux de la commission Stasi par exemple)tient à la nature même du sujet. D’un côté, "c’est un sujet de télévision" parce qu’il y a de l’ "émotion", des images de manifestations, etc. D’un autre, "ça n’est pas un sujet de télévision", parce que les auditions de la commission Stasi, par exemple, ne fournissent pas d’images fortes à diffuser.

Une deuxième analyse fait du traitement de la question du voile un révélateur du traitement médiatique de l’information en général.
J-C. Allanic (France 2)souligne les contraintes économiques (et non politiques) auxquelles est soumis le traitement de l’information.
C. Dauriac (France 3) reconnaît que pour traiter un sujet comme celui-là, "on va au plus facile" dans les rédactions, en privilégiant le "binaire" et le "récit".
Pour J.Roman (Esprit), également, le caractère passionné du débat est lié au fonctionnement actuel des médias, "fascinés par l’antagonisme, l’opposition". Suscitant des prises de position particulièrement antagonistes, le débat sur le port du voile à l’école a été du "pain bénit" pour les médias selon lui.

Enfin, J-M. Charon pose le problème de la "distance sociale" qui sépare les journalistes de leurs interlocuteurs lorsqu’il s’agit de parler des banlieues défavorisées, où ils préfèrent d’ailleurs ne plus s’aventurer précise C. Dauriac.

Pour conclure, F. Misslin (RFI) exprime son incertitude quant à l’actualité de la rentrée 2004 : va-t-on "courir après l’unique fille voilée qui va refuser d’enlever son foulard", retraiter la question de manière plus rationnelle, ou ne plus en parler du tout ? En tout cas, rassure-t-elle, "on va essayer de mieux faire"...





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