Rappel :
Le calendrier 2006-2007 est (de 10 heures à 12 heures 30) :
29 septembre 2006
20 octobre 2006
24 novembre 2006
15 décembre 2006
19 janvier 2007
16 février 2007
23 mars 2007
20 avril 2007
11 mai 2007
22 juin 2007.
Les points suivants ont été traités, sous la présidence d’Alain Gresh :
1) Les activités de la commission :
1.1 Le thème du Colloque de l’année prochaine (en principe en octobre-novembre) pourrait être : L’Europe (la construction européenne) et l’islam (les musulmans). Ce thème demande bien entendu à être précisé.
1.2 Le programme prévisionnel pour 2006-2007 : les dates des réunions ont déjà été communiquées (voir le compte-rendu précédent) : 24 novembre 2006, 15 décembre 2006, 19 janvier 2007, 16 février 2007, 23 mars 2007, 20 avril 2007, 11 mai 2007, 22 juin 2007.
Pour les thèmes :
Trois réunions seront consacrées à une discussion interne à la commission.
Le 15 décembre : débat sur le rapport Machelon et divers autres textes, en prévision des échéances électorales de 2007 (rapport Rossinot, proposition de loi-cadre Glavany du PS, propositions du PC). La présentation des thèmes se fera à plusieurs voix (Jean Boussinesq pour le rapport Machalon, Charles Conte pour le rapport Rossinot, Alain Bondeelle pour le texte du PS, Pierre Saly pour le texte du PC). Pour qu’un débat large puisse se développer en séance, chacun de ces intervenants aura droit à 5 minutes de présentation, à charge pour lui de rédiger un texte écrit et de l’envoyer suffisamment à l’avance pour qu’il puisse être diffusé au sein de la Commission.
Le 19 janvier 2007 : Les conditions du « vivre ensemble ». Quelle vision de la laïcité partageons-nous au sein de la Commission ? Le débat sera introduit pas Jean Baubérot et Joël Roman, qui enverront des textes à l’avance, pour diffusion au sein de la Commission.
Le 11 mai 2007 : la réunion sera consacrée à l’Assemblée générale de l’association que la Commission est maintenant, avec un débat général sur les activités, les perspectives et sur le Colloque de l’automne 2007 (voir plus haut).
Pour les autres réunions, le débat sera introduit par des intervenant-e-s extérieures-e-s
Le 16 février 2007 : Les législations relatives à l’immigration en Europe. Invitées pressenties : Valérie Amiraux et Bérangère Massignon
Le 23 mars 2007 : Poursuite du débat autour du féminisme et de l’Islam, en centrant le propos par exemple sur les pays du Maghreb. Plusieurs intervenant-e-s possibles ont été évoqué-e-s : Leïla Rhiwi, présidente de l’Association démocratique des femmes du Maroc, le collectif Maghreb égalité (qui a notamment élaboré un rapport alternatif à celui du gouvernement algérien pour le Comité sur l’Elimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes de l’ONU, Nadia Guessous (une anthroplogue marocaine, qui finit sa thèse aux États-Unis), etc.
Le 20 avril 2007 : Deux intervenants ont été proposés (le choix reste à faire) : Abdelwahab Meddeb, auteur récent de Contre-Prêches (Seuil, 2006), ou Fethi Benslama, du Manifeste des libertés (voir http://www.manifeste.org ).
Le 22 juin 2007 : Islam et laïcité en Turquie. Intervenante possible : Nilüfer Göle, directrice d’étude à l’EHESS.
2) La nature de la Commission :
Il est parfois regretté que la Commission manque de visibilité. Une des raisons en est sans doute le fait que, en dehors des colloques, l’activité se déroule trop en interne. Plusieurs pistes sont évoquées pour corriger cette situation :
élargir la Commission, notamment sa « composante musulmane » : la Mosquée de Paris, le CFCM seront relancés ;
organiser une série de rencontres avec les syndicats d’enseignants et d’autres organisations sur le thème des religions et de l’école.
inviter des personnes extérieures de façon permanente (ce qui est cependant contradictoire avec/implique le principe de l’adhésion à la l’association que la Commission est devenue), créer un comité d’honneur avec des personnalités avec qui nous avons déjà travaillé, etc.
3) L’exposé de François Burgat à propos de son livre : L’islamisme à l’heure d’Al Qaïda.
N.B. : François Burgat doit en principe envoyer un texte. Les lignes qui suivent ne sont qu’un résumé très subjectif, qui ne prétend nullement à l’exhaustivité.
François Burgat s’appuie sur l’expérience acquise après 18 années de séjour dans des pays musulmans (Algérie, Yémen…) Il a eu ainsi la possibilité « regarder le monde depuis l’Orient ».
Le colonialisme a « folklorisé » l’Islam, au prétexte que seul l’Occident était porteur d’universalité. C’est en réaction contre cela que les marqueurs identitaires sont brandis aujourd’hui de façon ostentatoire.
Pour François Burgat, la dynamique de réislamisation en cours dans ce contexte – le fait de « parler musulman » – n’est pas antagonique avec la modernisation. Au stade actuel, on est en fait en présence d’un troisième étage de la décolonisation, après les luttes pour l’indépendance et la période où les puissances coloniales restaient culturellement hégémoniques. Cet étage est celui du « refus de nous parler en utilisant nos catégories de pensée et nos représentations ». C’est un processus de mise à distance de l’Occident qui, en soi, ne préjuge pas de l’attitude par rapport à la « modernité ». On peut « penser musulman » en étant révolutionnaire, réformiste ou même machiste, etc.
Pour bien comprendre cela, il convient de distinguer radicalisme sectaire et radicalisme politique (qui consiste pour les dominés à utiliser les mêmes armes que ceux qui dominent) .
Francois Burgat insiste sur ce qui, dans ce domaine comme en d’autres, est une conséquence de la chute du mur de Berlin (c’est-à-dire de la fin du rôle de régulation que jouait l’URSS, ce qui a permis notamment aux occidentaux de substituer le hard power à la domination symbolique).
Il y a dans la fabrication du radicalisme en Orient trois raisons, qui ont produit aussi le 11 septembre : l’unilatéralisme américain après 1990, le conflit israélo-palestinien et « la bonne santé des Pinochet arabes ».
L’arme absolue contre le terrorisme est dans le partage, dans tous les sens du mot : partage des ressources matérielles, politiques mais aussi symboliques. A cet égard, dire « ôte ta conscience de là que j’y mette la mienne » est probablement pire que de dire « tais-toi ».
Le débat :
pourquoi placer le tournant en 1990 ? Comment « situer » alors Salman Rushdie et les attentats de 1986 en France ?
Pour François Burgat, il faudrait à ce compte remonter aussi à 1982 et aux événements de Beyrouth. En fait, il ne faudrait pas, selon lui, « suridéologiser », voire « théologiser », des résistances qui posent en réalité des questions d’abord politiques.
si les années 1930 ont été celles de la « folklorisation », n’ont-elles pas été aussi celles des Frères musulmans et des résistances ?
s’il ne faut pas « suridéologiser », ne faut-il pas pareillement éviter la « surpolitisation » qui permet notamment aux régimes corrompus de présenter leurs adversaires comme des « putchistes » ?
- Comment ne pas sous-estimer la dimension éthique des questions évoquées ?
Pour François Burgat, on peut promouvoir la justice sociale avec Marx, avec Jésus ou avec Allah. Il n’y pas de différentiel éthique de ce point de vue. Il faut en revanche « historiciser » l’analyse. Historiquement, en France, on a d’ailleurs eu peur des Arabes avant d’avoir peur des islamistes, ce qui est un aspect de la « théologisation » qu’il a évoquée. Quand il dit « parler musulman », cela ne veut pas du tout dire « parler « théocrate ». Il est convaincu que la dynamique de libéralisation peut parfaitement être à l’œuvre sous le voile. Mais elle l’est alors dans un lexique politique différent.
Il insiste sur ce qu’il considère comme de la violence médiatique à l’égard des musulmans (domaine où la situation est plutôt meilleure au niveau de l’Union européenne qu’en France). Les musulmans qui passent dans les médias donnent souvent l’impression de dire : « j’en ai marre d’être musulman ». On leur interdit en effet de penser avec les ressources symboliques de l’islam. De la même façon, on disqualifie le conduites protestataires qui utilisent le vocabulaire de la culture musulmane. C’est toujours l’Occident qui s’arroge de droit de dire le vrai et le faux.