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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Eux et nous, à propos d’un livre de Joël Roman (Revue de la Ligue de l’enseignement)

Le nouvel essai de Joël Roman aborde une question décisive, voire la question décisive, pour l’avenir de la société française dans toutes ses composantes. Il analyse sans faux fuyant les relations entre « Eux », Arabes, musulmans… et « Nous », Français, Européens… : une manière de voir à repenser.

EUX ET NOUS

« Pourrons-nous vivre ensemble ? Egaux et différents » Tel était le titre de l’ouvrage publié il y a neuf ans, en 1997, par Alain Touraine. Depuis aucun autre auteur n’avait tenté de reprendre ce thème crucial de façon aussi nette et aussi fine que Joël Roman. On ne trouvera pas dans cet essai d’euphémisme ou d’allusion. Tout est abordé de manière franche : « Nous ne sommes pas partisans de masquer la réalité : ni la surreprésentation des jeunes issus de l’immigration parmi les délinquants ni même la part prise par les incivilités et la délinquance dans le mal-être des quartiers ». Comme il est tout aussi clairement affirmé que « si certaines cités sont des zones de non-droit, ce n’est pas parce qu’on ne peut pas y rentrer… mais parce qu’on ne peut pas en sortir ». Quand à la banlieue, elle est définie comme le « territoire des nouvelles classes dangereuses, qui sont telles justement de ne pas être laborieuses ».

Pas d’angélisme donc, et le sempiternel reproche tombe ici à plat. De l’audace alors. Et l’auteur avance à grands pas. Quelles réponses apporter au « vrai désordre de la délinquance » et à son instrumentalisation ? En termes même d’efficacité, l’éducation doit primer sur la répression. L’islam ? Objet de tous les fantasmes et de tous les amalgames, il reste le grand prétexte pour ceux qui invoquent la laïcité en la dénaturant. Il faut recourir aux sources pour reconstruire une véritable « laïcité de confrontation ». Comment combattre le Front national ? En refusant le « social-populisme », sécuritaire ou misérabiliste, stratégie fondée sur le « mimétisme », au profit d’un vrai débat d’idées associé à un combat politique.

Et ce débat d’idées commence par examiner celles de son propre camp. La « mixité sociale » ne serait-elle pas, en un sens, la « dilution des minorités les plus visibles dans l’ensemble de la population » ? Préférons la « mobilité », sociale et résidentielle. L’intégration ? Au mieux en panne, au pire nouvelle forme de stigmatisation aveugle aux « spécificités des immigrations post-coloniales ». Cela ne voulant pas dire que les actions menées sous cette bannière soient toutes contre productives. Mais l’heure est plutôt à la lutte générale contre les discriminations, en éclaircissant la notion de discrimination positive. Une revendication propre à un groupe peut être légitimement satisfaite sans sombrer dans le communautarisme entendu comme « revendication de statuts et de droits spécifiques excédant le droit commun ».

L’ouvrage se termine, et s’ouvre, par une réflexion subtile sur le thème « Qu’est-ce qu’être Français ? ». La société française est multiculturelle. C’est un fait. Un fait historique, social, mais non reconnu politiquement. La « reconnaissance », comme réponse aux aspirations à la dignité, est le mot clé de cet essai. Comment définir son identité personnelle et l’articuler librement à ou aux identités collectives qui composent la société ? Comment cette démarche peut-elle être reçue par tous ? L’auteur va plus loin. Combattant le « Eux ou Nous », dépassant même le « Eux et Nous » fondé sur la reconnaissance réciproque, il propose un « nouveau Nous » englobant. On peut sans doute regretter qu’il n’ai pas déployé sa réflexion plus encore. Notamment sur le risque d’un « retour du refoulé » assimilationniste via le « nouveau Nous », ou sur les appréhensions du groupe historiquement majoritaire. La reconnaissance de l’autre n’implique pas la négation de soi. Il n’existe pas de machine à remonter le temps. La nostalgie est inutile. Une affirmation nouvelle ne peut naître que de la prise en compte de la réalité actuelle. La réflexion stimulante de Joël Roman nous y aidera. Tous ensemble.

Charles Conte

La Reconnaissance : une revendication de dignité ?

La culture de l’égalité est profondément ancrée dans la tradition politique française. Avec son corollaire : la revendication d’émancipation (par l’école notamment). Mais, à un moment donné, il a bien fallu se rendre à l’évidence qu’on ne venait pas à bout d’un certain nombre d’inégalités : les inégalités sociales et économiques d’une part, les inégalités liées aux histoires personnelles des individus d’autre part. C’est alors qu’a surgi la revendication de reconnaissance, qui a pris en compte la singularité des individus. Joël Roman montre comment il faut articuler la revendication d’émancipation avec la revendication de reconnaissance, éthiquement et politiquement aussi nécessaires l’une que l’autre. La Reconnaissance : une revendication de dignité ? Joël Roman. Editions Le Temps des cerises, 58 pages, 5 euros www.letempsdescerises.net