Par Stéphanie LEROUGE
Il y a quatre ans, les Ni putes ni soumises (NPNS) avaient porté sur la place publique les violences subies par les femmes des cités ; aujourd’hui elles apparaissent aussi absentes en banlieue qu’elles y sont décriées, quand semble en revanche gagner du terrain un "féminisme voilé".
Ce féminisme qui revendique la réconciliation possible de l’émancipation
féminine et du respect des préceptes de l’islam, au premier chef le port du voile, "a été théorisé en réaction aux Ni putes ni soumises", qui avait
défendu l’interdiction du voile à l’école, explique Isabelle Gillette-Faye,
directrice du GAMS (Groupement pour l’abolition des mutilations sexuelles).
"Aujourd’hui, vous avez plus de chances de rencontrer à Saint-Denis une
féministe islamiste qu’une Ni pute ni soumise", poursuit-elle. Pour Mimouna Hadjam, qui "se bat depuis 25 ans" au coeur des 4.000 à La
Courneuve avec son association Africa, "les Ni putes ni soumises ont une
audience médiatique et institutionnelle, mais auprès des femmes de banlieue, non. Elles sont haïes dans les quartiers, et leur discours n’y est que peu relayé par des comités locaux".
Mohamed Abdi, secrétaire général de Ni putes ni soumises, assure que
NPNS est présent en banlieue avec ses "60 comités". Mais il reconnaît que c’est "difficile". "Agir pour la laïcité, lutter contre l’intégrisme, ça
dérange les gens. Et il y a aujourd’hui une tentative en Europe pour faire
la promotion d’un féminisme musulman".
Ici et là des initiatives s’organisent pour occuper la place laissée
vacante par le mouvement de Fadela Amara, accusé d’avoir stigmatisé les hommes des cités dans leur ensemble, d’ignorer la dimension universelle du sexisme et d’être manipulé par les politiques, le Parti socialiste en particulier auquel NPNS est historiquement lié.
A Sarcelles (Val-d’Oise) notamment, l’association Veto ! Garges a
organisé le 17 novembre 2006 un débat sur "le féminisme dans les cités". "Le sujet était urgent à traiter. Ni pute ni soumise en avait presque fait un monopole", explique Macha Amar, 22 ans, sa présidente.
"Nous avons voulu marquer notre opposition. Ni pute ni soumise, c’est un
féminisme qui repose sur une caricature de l’arabe voleur, violeur et
voileur. Du sexisme, il y en a en banlieue comme partout. Le combat pour les droits des femmes doit être mené sans stigmatisation. Ni raciste, ni sexiste !"
En décembre 2006, s’est constitué dans la mouvance des Indigènes de la République un "Collectif des féministes indigènes" qui revendique pour les femmes issues de l’immigration de pouvoir parler en leur propre nom et refuse "les présupposés idéologiques" du "féminisme blanc".
Ce collectif appelle les femmes à défiler le 8 mars au Père Lachaise à
18H00 avec les autres associations, un keffieh sur la tête, "en solidarité
avec la résistance anti-impérialiste et anti-coloniale".
Pour Warda Sadoudi, qui a créé un collectif NPNS à Fontenay-sous-Bois
(Val-de-Marne), ces "féministes voilées" représentent une poignée de jeunes femmes, "toujours les mêmes", qui, après avoir gravité autour d’"Une école pour tous" et du Collectif des féministes pour l’égalité à l’époque du débat sur le voile, se retrouvent aujourd’hui chez les Indigènes.
Mais pour Mimouna Hadjam, s’il n’existe pas à proprement parler de
"féminisme musulman" dans les cités, les femmes musulmanes et prêtes à défiler sous une bannière féministe sont bien là : "J’ai dit que j’allais
organiser une marche aux 4.000 le 10 mars. J’ai reçu le soutien des Jeunes musulmans de France, qui m’ont dit qu’ils m’enverraient plein de monde".