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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Onze candidats dévoilent leurs croyances et leurs visions de la laïcité (Le Monde daté du 6 avril 2007)

Dans l’hebdomadaire " La Vie ", M. Sarkozy estime que les religions " ont leur mot à dire dans les grands débats de société ". Mme Royal rejette, elle, " toute interférence "

La palette est large... et incomplète. On y trouve de catholiques pratiquants, des athées, un agnostique et un laïque. Tous de tradition chrétienne. " Confessés " par l’hebdomadaire La Vie dans son édition du 5 avril, les candidats à l’élection présidentielle livrent leurs convictions religieuses et leurs réflexions sur la place des religions dans la société.

Tous, à l’exception d’Arlette Laguiller, se sont prêtés à l’exercice, plaçant du même coup dans l’espace public des questions religieuses, traditionnellement cantonnées à la sphère privée. Même si, en filigrane, la religion n’est pas absente de la campagne - Nicolas Sarkozy émaille la plupart de ses discours de références explicites aux valeurs chrétiennes, François Bayrou affiche régulièrement sa foi, " l’ordre juste " de Ségolène Royal est une notion qui figurait dans une encyclique de Benoît XVI en janvier 2006 - les débats sur la laïcité ou la place de l’islam en France n’ont, jusqu’à présent, pas été ouverts.

Les candidats interrogés par La Vie ne se dévoilent pas tous de la même manière. Pris entre ses convictions de " croyant, laïque et gouvernant ", le centriste François Bayrou reconnaît le " grand écart " auquel le contraignent ses convictions. " Comme croyant, j’ai beaucoup de respect pour les évêques mais, comme gouvernant, je n’ai pas à leur obéir ", explique le candidat, qui fut critiqué par les siens pour avoir bataillé contre l’inscription des références chrétiennes dans la Constitution européenne.

Plus réticente à parler de ses convictions personnelles, Ségolène Royal reconnaît " porter en elle " les valeurs issues de son éducation catholique et fait sien le message des Evangiles " Aimons-nous les uns les autres ". Elle défend clairement l’idée qu’il ne doit pas y avoir " d’interférence entre les convictions religieuses et les affaires publiques. L’Etat ne doit favoriser aucune religion et ne doit pas être influencé par elles ".

Elle se démarque en cela de Nicolas Sarkozy, " catholique " qui " prie quand il souffre ". Le candidat de l’UMP défend la place des religions dans la société. Il estime qu’" elles ont leur mot à dire dans les grands débats de société " et regrette au passage qu’" elles ne le fassent pas assez ".

Le candidat du Front national, " catholique croyant ", va un peu plus loin : " Les religions représentent un facteur de stabilité sociale ". Jean-Marie Le Pen tient à préciser que " la devise de la République, "Liberté, égalité, fraternité" ", représente " des principes d’inspiration chrétienne ".

La candidate communiste, Marie-George Buffet, athée, reconnaît que les " croyants nourrissent la société et contribuent à lui donner sens. Croire n’est pas tabou ". " La laïcité, estime-t-elle, ne doit pas consister en une séparation factice, voire schizophrène, entre l’espace public et l’espace privé. " Olivier Besancenot, athée, juge " les gens sur leurs actes " plus que sur leurs croyances et se sent plus proche d’un croyant engagé dans le soutien aux sans-papiers que d’un " athée adorateur du dieu profit " ; il s’indigne que les musulmans ne puissent " prier dans des conditions décentes ".

Dans un entretien publié par le quotidien La Croix du 4 avril, M. Sarkozy s’interroge aussi sur ce sujet : " A quoi cela sert-il de dire à nos compatriotes musulmans qu’ils ont les mêmes droits que les autres, s’ils sont obligés de prier dans des caves ou des garages ? Les problèmes de terrorisme, on les trouve dans les caves et les garages, pas à la grande mosquée de Lyon ou de Paris. " Dans cet entretien, il annonce avoir renoncé à une modification de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat qui aurait pu permettre un financement public des lieux de culte. Sur ce sujet, les trois principaux candidats à l’élection présidentielle sont désormais d’accord.

Stéphanie Le Bars

© Le Monde





* Thème(s) associé(s) à l'article :
élections présidentielles - Laïcité