Ce que feront sans aucun doute les quelques fidèles - des hommes uniquement - disposés à parler de la campagne présidentielle à l’issue de la prière. Sans aucun doute, mais sans certitudes non plus. " On est comme tout le monde, on va voter plus par dépit que par conviction ", soupire Mohammed Al Khalfi, un informaticien, impliqué dans le tissu associatif musulman. " Avant on votait socialiste, maintenant on ne sait plus ", constate aussi Farid Khelifi, 36 ans, professeur d’espagnol dans un lycée catholique et conseiller principal d’éducation au lycée musulman de Décines.
Comme beaucoup de musulmans, les fidèles de la mosquée Othmane, proche de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), ont, un temps, apprécié " l’activisme " et " l’énergie " de Nicolas Sarkozy. " Quand il y avait un problème, on avait l’impression qu’il s’en saisissait, qu’il mettait la pression et qu’il trouvait une solution, explique Khémais Elouefi, 27 ans, employé à temps partiel dans la maintenance. Il a fait cela avec les problèmes de sécurité, avec l’organisation de l’islam. "
Et puis l’image s’est écornée. " Maintenant le vote Sarkozy, il est bloquant sur l’immigration, sur la répression, sur la discrimination positive, sur la politique étrangère ", énumère M. Al Khalfi. " En plus, quand il a compris que l’on votait aussi en fonction de nos intérêts de citoyens, il a cessé d’envoyer des signaux aux musulmans ", juge M. Khelifi. A gauche, les déclarations de Ségolène Royal, " assimilant les femmes voilées aux femmes excisées et violées ", ont aussi laissé des traces. Et " l’immobilisme " de la candidate socialiste ne les inspire guère.
Tiraillés entre leur identité " musulmane " et leurs préoccupations de citoyens " comme les autres ", les fidèles sont à la peine. Ils ne peuvent s’empêcher de se sentir visés par la stigmatisation des banlieues et les déclarations sur l’identité nationale. " On ne devrait pas être concernés, on est français, nés ici pour la plupart, mais on sent bien que ce débat soulève le problème de l’intégration des étrangers en général et des musulmans en particulier ", relève l’enseignant d’espagnol, choqué qu’on lui demande " de démontrer son attachement à la France ", lui qui a " donné des cours de français en Amérique latine ".
Essid Hamadi, 33 ans, dont la mère est " française de souche ", juge " ridicule la surenchère " à laquelle se livre la gauche sur l’identité nationale. " Nos références sont françaises, notre culture est française mais on a l’impression qu’il faudrait être plus français que les autres ", résume ce jeune informaticien. " On ne devrait plus nous parler d’intégration - on est intégrés - mais plutôt d’insertion, car c’est au niveau économique et social que les problèmes se posent ", défend aussi M. Al Khalfi. " Les responsables politiques doivent accepter une population musulmane visible sur le territoire, assène M. Khelifi. Nous n’avons pas vocation à vivre reclus dans nos mosquées. "
Ralliés au " tout sauf Sarko " en vogue dans les banlieues, les croyants balancent encore. " C’est François Bayrou qui a leurs faveurs, croit savoir l’imam. C’est un croyant et cela crée un lien spirituel avec les musulmans. " A condition d’oublier qu’il fut le premier " à réglementer le port du foulard islamique à l’école ", conclut M. Khelifi.
S. L. B.
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