Par Catherine COROLLER
« Oui », a répondu hier Nicolas Sarkozy au journaliste de la Croix qui lui demandait s’il renonçait à modifier la loi de 1905. Précisant que « c’est un sujet sur lequel on ne peut avancer sans consensus », le candidat UMP a ajouté qu’il « poursuivra la discussion avec l’ensemble des religions ». Cette loi est le fondement de la séparation des Eglises et de l’Etat. Elle interdit tout subventionnement public des cultes, mais confie à l’Etat et aux communes la charge des édifices cultuels (églises, temples, synagogues) construits avant 1905. Quant aux musulmans, qui n’étaient pas concernés par le texte, Nicolas Sarkozy a déclaré « vouloir s’en tenir à quelques objectifs, comme mettre à leur disposition des lieux de culte appropriés » et « couper l’islam de France des influences étrangères ».
A maintes reprises, depuis son arrivée Place Beauvau, en 2002, l’ancien ministre de l’Intérieur et des cultes avait pourtant annoncé son souhait de toucher à ce texte fondateur de la laïcité. Son objectif déclaré était de permettre aux musulmans de combler leur retard en lieux de cultes. En fin politique, Sarkozy sait que le sujet est sensible et risque de dresser contre lui la gauche et une bonne partie de la société française. A intervalles réguliers, il lance un coup de sonde, testant les réactions de l’opinion. En 2004, dans son ouvrage « la République, les religions, l’espérance » (Cerf), il se dit déjà « réservé à l’idée de modifier structurellement l’équilibre de la loi de 1905 ». « Lorsqu’un équilibre a enfin été trouvé, fût-ce il y a un siècle, il faut réfléchir soigneusement avant de le rompre », ajoute-t-il. Un paragraphe plus bas, il s’aventure un peu plus loin : « On peut faire évoluer le texte. »
Fin 2005, Sarkozy crée une commission de réflexion sur la loi de 1905, dont il confie la présidence au juriste Jean-Pierre Machelon : « Les rapports que j’ai eus avec les représentants des grandes religions m’ont convaincu de la nécessité d’apporter, aujourd’hui, un certain nombre d’amendements au corpus des textes [dont la loi de 1905, ndlr] , régissant l’exercice des cultes et leurs relations avec les pouvoirs publics », écrit-il dans la lettre de mission. Principale proposition de ce rapport rendu en septembre : autoriser les municipalités à financer la construction de lieux de culte. Cette perspective suscite l’ire des associations laïques. Et le désaccord de la Fédération protestante de France. Après la publication du rapport, Sarkozy n’a plus abordé le sujet. Jusqu’à hier.