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Islam & Laïcité >> Revue de presse

La coalition des frères Kaczynski est mise en échec sur la question de l’avortement (Le Monde du 15 avril 2007)



Le président de la Chambre des députés polonaise l’ultraconservateur Marek Jurek, a présenté sa démission vendredi 13 avril, après que les députés ont rejeté les propositions d’amendement à la Constitution déposées par la coalition au pouvoir afin de renforcer la protection de la vie prénatale

Promoteur actif d’un durcissement de la législation anti-avortement et de l’inscription de la protection de la vie " dès la conception ", M. Jurek, l’un des piliers du régime des frères Kaczynski, a reconnu sa " responsabilité personnelle " et indiqué qu’il présentera sa démission " lors de la prochaine session parlementaire ".

Les cinq propositions d’amendement, présentées par la droite conservatrice (Droit et Justice, PiS) et par la Ligue des familles polonaises (LPR), parti d’extrême droite ultracatholique membre de la coalition gouvernementale, ont essuyé cinq rejets successifs, faute d’atteindre la majorité des deux tiers exigée pour amender la Constitution. Il s’en est pourtant fallu de peu. Lors du cinquième et dernier vote, les partisans de l’interdiction absolue de l’avortement ont frisé la victoire, à 27 sièges près. Ils ont réuni 269 voix quand 296 étaient nécessaires.

DISSENSIONS CONNUES DE TOUS

La démission de M. Jurek, qui vient lui-même des milieux ultracatholiques, fait suite à une promesse faite huit semaines plus tôt. Fin février, Jaroslaw Kaczynski, premier ministre et chef de file du PiS, lui avait donné son accord pour engager une bataille politique sur le terrain glissant de la protection de la vie " dès la conception ", à condition qu’il assume la responsabilité d’un éventuel échec. M. Kaczynski avait parfaitement conscience que le débat divisait foncièrement la société comme la scène politique.

Le rejet des cinq propositions d’amendement sonne aussi une défaite personnelle pour M. Kaczynski, dont l’autorité ressort minée du conflit. Le ténor du PiS s’est révélé incapable de discipliner son propre camp. Les députés PiS ont dispersé leurs suffrages, au gré des votes.

L’image de monolithe, qui était jusqu’alors celle de la droite conservatrice, est atteinte : le PiS est traversé par des fractures, opposant des mouvances plus ou moins conservatrices - notamment la droite dure du PiS, ce groupe emmené par M. Jurek, issu de l’Union chrétienne nationale (l’ancien ZChN). Ces dissensions connues de tous n’étaient jamais apparues si lisiblement.

La Ligue des familles " essuie elle aussi un revers, mais ce n’est qu’une demi-défaite. Elle est parvenue à ses fins : démontrer l’incapacité du PiS à défendre les valeurs chères à cette frange conservatrice de la société polonaise, celle qui est branchée sur la station ultracatholique Radio Maryja, pour récupérer cet électorat ", observe le politologue Marek Migalski.

L’issue des votes est une victoire pour les sociaux-démocrates, opposés à tout amendement, comme pour les libéraux de la Plateforme civique (PO), deuxième force politique du pays. Les défenseurs du droit des femmes restent cependant prudents. " Nous avons remporté une bataille, mais pas la guerre ", retient la féministe Wanda Nowicka. La LPR a annoncé qu’elle ne comptait pas abandonner sa croisade contre l’avortement, en Pologne. Le pays dispose déjà d’une des législations les plus restrictives d’Europe. L’avortement n’y est autorisé qu’en cas de viol, de danger pour la santé de la mère ou de malformation irréversible du foetus.

Célia Chauffour

© Le Monde





* Thème(s) associé(s) à l'article :
Avortement - Catholicisme - Pologne - Ultraconservateur