Par Catherine COROLLER
Sifflets pour Nicolas Sarkozy. Sifflets pour Ségolène Royal. L’Union des organisations islamiques de France (UOIF) roule-t-elle pour François Bayrou ? Samedi, son vice-président, Fouad Alaoui, a délibérément provoqué une bronca contre les deux candidats à la présidentielle placés en tête des sondages. Le numéro deux de la principale fédération musulmane, qui s’exprimait dans le cadre du rassemblement organisé annuellement par l’UOIF au Bourget (Seine-Saint-Denis), a d’abord ciblé le candidat de l’UMP : « Monsieur Sarkozy, nous n’égorgeons pas nos moutons dans la baignoire [référence à des propos tenus le 5 février sur TF1, ndlr]. »
Consignes. La deuxième salve est pour la candidate du PS : « J’espère que Mme Ségolène Royal a conscience, elle aussi, du mal qu’elle a causé à des millions de Français musulmans en assimilant les femmes voilées à des femmes violées ou battues [propos tenus le 13 novembre 2006 au gymnase Japy à Paris, ndlr] . » En conclusion, Fouad Alaoui n’a pas donné de consignes de vote, mais a appelé ses coreligionnaires à être « présents, le 22 avril et le 6 mai », car « le choix des musulmans compte et pèsera ».
Entre l’UOIF et l’ex-ministre de l’Intérieur, la lune de miel est finie. Sarkozy avait donné à l’organisation musulmane _ souvent taxée de fondamentalisme _ une légitimité en lui offrant plusieurs sièges au Conseil français du culte musulman. Mais il l’a, depuis, lâchée. En février, il a soutenu Charlie Hebdo, que l’UOIF poursuivait devant les tribunaux pour avoir publié des caricatures de Mahomet.
Parmi les participants à la rencontre, Sarkozy fait l’unanimité contre lui. Le projet d’un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale » scandalise. « Je suis né en France, j’y connais rien au Maroc, je suis étranger de quoi ? » râle Mohamed. « Il n’y a pas de race française, la France est multicolore », ajoute Saïd. Chez beaucoup, la déception est d’autant plus rude qu’ils sont d’accord avec certains aspects du programme de Sarkozy : « Travailler plus pour gagner plus, ça ne me choque pas », affirme Nazih Marzouqy, secrétaire général des Jeunes musulmans de France. Sami Danguir, vice-président d’Etudiants musulmans de France, n’est pas contre la réhabilitation de la « valeur travail » prônée par le candidat de l’UMP.
« Voile ». Royal ne suscitant pas l’enthousiasme, il reste Bayrou. « Il a tenu des propos positifs sur la place des musulmans dans la société », rappelle El Bachir Boukhzer, président de l’association Culture et citoyenneté à Clermont-Ferrand. Mais d’autres participants, comme Mohamed, lui reprochent d’avoir « sorti une circulaire contre le voile » quand il était ministre de l’Education nationale.
Bayrou n’a pas pu s’en expliquer. Invité à participer à la rencontre, comme Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et Marie-George Buffet, il n’est pas venu. « Vous n’avez rien perdu, a déclaré Fouad Alaoui à la salle. C’est eux qui perdent à ne pas vous rencontrer. »