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Islam & Laïcité >> Revue de presse

En Turquie, les chrétiens accusent les médias et le pouvoir d’entretenir l’hostilité à leur égard (Le Monde daté du 21 avril 2007)

Après les trois assassinats de Malatya (Sud-Est), les minorités chrétiennes du pays s’inquiètent de la multiplication des actes violents visant leurs communautés

DIYARBAKIR (sud-est de la Turquie) ENVOYÉE SPÉCIALE

Les portes soigneusement closes des deux églises se font face, dans l’étroite ruelle de ce vieux quartier de Diyarbakir que ses remparts byzantins séparent de la proliférante ville nouvelle où s’entassent les déplacés chassés des villages du Kurdistan turc par la guerre L’une, l’église syriaque orthodoxe de la Vierge Marie, entourée de hauts murs remonte au IIIe siècle ; l’autre, l’église évangélique de Diyarbakir, construit dans le style des maisons du quartier pour être moins visible, n’a que trois ans

La " traditionnelle " et la " moderne " : l’une se meurt faute de fidèles, émigrés en Europe ou ailleurs, l’autre veut garder sa croissance discrète, de crainte d’être accusée de travail missionnaire. De crainte, aussi, d’être une nouvelle fois attaquée. " En général, raconte Ahmet Güvener, un pasteur évangélique turc converti, nous avons de bonnes relations avec les gens, même s’il y a certains radicaux parmi eux... L’un est entré ici il y a deux ans, comme le font les 100 à 200 visiteurs que nous avons chaque semaine. Puis il a sorti un couteau, s’est barricadé et a mis le feu en hurlant des slogans islamistes. Les gens dehors étaient très embarrassés, la police ne voulait pas intervenir. A la fin, il a demandé à sortir car il suffoquait... "

Beaucoup d’incidents de ce genre, visant des chrétiens de toute obédience, passent inaperçus en Turquie, les médias ne relatant en général que les cas extrêmes, tels les meurtres sanglants de Malatya, mercredi 18 avril. Dix jeunes d’un même foyer pour adolescents ont été arrêtés, dont la moitié sur les lieux du crime, avec les couteaux qui ont égorgé les victimes. " Nous l’avons fait pour notre pays et notre religion ", auraient-ils dit à la police. Certains soupçonnent qu’ils aient été l’instrument de forces politiques. Mais les protestants de Malatya et de Diyarbakir sont catégoriques : les coupables sont les médias et des forces au pouvoir.

Une chaîne de télévision locale, venue filmer l’église de Diyarbakir, a " monté " un entretien avec Ahmet Güvener de façon à en renverser le sens, comme si le pasteur avait avoué " payer les musulmans pour qu’ils se convertissent ". La chaîne a aussi montré " - ses - propres enfants en les présentant comme des musulmans enlevés et poussés à l’apostasie ! ", s’indigne ce pasteur de 42 ans. Multipliant les exemples de telles " désinformations haineuses ", il accuse le gouvernement de les tolérer, voire de les encourager.

" ENNEMIS DE LA RÉPUBLIQUE "

L’armée, en particulier, diffuserait un film à ses nouvelles recrues montrant " trois types d’ennemis de la République " : des Kurdes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, séparatiste), des membres du Hizbollah turc (islamistes kurdes utilisés dans la lutte contre le PKK, mais que l’armée a fini par pourchasser) et... " Ahmet Güvener, du dangereux courant des missionnaires ", rapporte ce dernier, sur la foi de soldats ayant fait leur service militaire en 2006.

Les autorités sunnites ne seraient pas en reste. " J’ai entendu, il y a deux mois, poursuit Ahmet, le principal mollah de Diyarbakir dire, dans son sermon, que les transferts d’organes étaient licites, "sauf pour les prostituées, les drogués et les chrétiens" ! Je suis allé le voir pour protester : il a promis de ne pas recommencer... "

Mais la campagne lancée il y a deux ans ne semble pas faiblir : selon le quotidien Milliyet, un haut responsable du ministère de la justice aurait encore déclaré, mercredi, en commentant la tuerie de Malatya, que " les activités missionnaires sont plus dangereuses que le terrorisme ". Et cela même si la plupart des médias turcs se sont indignés, jeudi, de ce crime, rappelant par exemple que " les Turcs ont ouvert plus de 3 000 mosquées en Allemagne, alors qu’en Turquie il n’y a pas de tolérance pour quelques églises et une douzaine de missionnaires ".

Il est vrai que la très nationaliste Chambre de commerce d’Ankara chiffre, elle, les missionnaires et témoins de Jéhovah en Turquie respectivement à plus de 1 000 et 2 000. Un accroissement récent qui ne plaît guère au Père Joseph, de l’église syriaque de Diyarbakir, ni aux autres vieilles et prudentes communautés chrétiennes du pays. Celles-ci ne forment plus que 1 % de sa population, depuis 1915 et les autres massacres d’Arméniens et de syriaques qui ont suivi, laissant dans le pays des milliers d’églises et de monastères en ruines.

Sophie Shihab

© Le Monde

Encadré

La justice belge annule la condamnation de sept Kurdes

La Cour de cassation belge a annulé, jeudi 19 avril, une décision de la cour d’appel de Gand qui avait condamné, il y a quelques mois, sept membres du groupe kurde DHKP-C (Front-Parti révolutionnaire populaire de libération). Les militants avaient été jugés pour appartenance à une organisation criminelle et terroriste, sur la base d’une nouvelle loi belge. Le DHKP-C figure sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne.

La Cour de cassation a remis en cause la composition du tribunal qui avait prononcé les condamnations, son président ayant été, pour l’occasion, déplacé d’un autre arrondissement.

L’arrêt doit entraîner la libération des quatre condamnés, pour lesquels l’arrestation immédiate avait été prononcée à la fin des audiences. Ce procès avait suivi la fuite de l’une des dirigeantes du DHKP-C en Belgique, Ferhiye Erdal. Ankara entendait la juger pour un triple assassinat. Elle a échappé, en février 2006, à la surveillance de la Sûreté de l’Etat belge. - (Corresp.)





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Chrétiens - Turquie