" A force de faire monter les tensions entre les communautés, entre les origines, entre les religions, entre les couleurs de peau, on rend la France dangereuse ", a accusé François Bayrou, le candidat de l’UDF, jeudi soir. Les deux autres principaux candidats ont aussi fait part de leur indignation et condamné " avec la plus grande fermeté " des actes jugés " inqualifiables " par Ségolène Royal, " lâches et abominables ", par Nicolas Sarkozy. Jacques Chirac, le président de la République a estimé que " ce geste inqualifiable blesse les consciences, insulte la mémoire et déshonore ses auteurs. Cette profanation est d’autant plus choquante qu’elle touche les tombes de combattants qui ont donné leur vie pour la France ".
Situées dans le plus grand cimetière militaire de France, qui accueille les sépultures des combattants morts durant la première guerre mondiale, les tombes profanées font partie d’un carré musulman qui en compte plusieurs centaines. Elles ont été recouvertes d’inscriptions nazies, de croix gammées et de croix celtiques. Le premier ministre, Dominique de Villepin, a affirmé " la détermination sans faille " du gouvernement à " appréhender les auteurs de tels actes " et " à lutter contre toutes formes de rejet et de discrimination ".
" CLIMAT MALSAIN "
C’est la première fois que des tombes de militaires de confession musulmane sont ainsi prises pour cible, déplore-t-on au Conseil français du culte musulman (CFCM). " Cet acte lâche et abject visant à souiller la mémoire de soldats musulmans morts pour la France est aussi une attaque contre les valeurs de notre République, une et indivisible ", a souligné Dalil Boubakeur, le président du CFCM. Le Collectif des musulmans de France a estimé dans un communiqué : " Ces actes sont l’une des conséquences d’un climat malsain, résultant de cette campagne électorale qui a pris des tournures antisémites et islamophobes. "
L’organisation SOS-Racisme a jugé que ces profanations étaient le fait " d’individus racistes galvanisés par les discours de haine de certains candidats " à la présidence de la République. L’évêque d’Arras, Mgr Jean-Paul Jaeger, qui a déclaré éprouver un " sentiment de peine et de révolte ", a pour sa part souhaité que " tous les efforts soient réunis pour que nos communautés puissent vivre ensemble dans le respect et la construction de la même identité nationale ".
Cette profanation intervient trois semaines après la dégradation d’une cinquantaine de tombes dans le carré juif du cimetière de Lille. Un homme d’une trentaine d’années, qui a reconnu les faits mais nie " tout motif religieux ", a été mis en examen, jeudi 19 avril, dans cette affaire.
Stéphanie Le Bars
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