Libération : Hollande se lance dans le débat laïque Hollande se lance dans le débat laïque
Il a proposé hier une « charte » plutôt qu’une refonte de la loi.
Par Didier HASSOUX
mercredi 10 septembre 2003
François Hollande était hier le premier responsable politique à être entendu par la « commission de réflexion sur la laïcité » voulue par Jacques Chirac.
« Premier secré taire » plutôt que « Monsieur le vicaire ». Hier, juste avant d’être le premier responsable politique à être entendu par la « commission de réflexion sur la laïcité » voulue par Jacques Chirac, François Hollande a tenu, avec humour, à prévenir son président, Bernard Stasi : il allait entendre « un premier secrétaire pas un vicaire ». De fait, face aux 16 intellectuels, juristes, universitaires et autres élus de la commission, installés pour l’occasion dans un sous-sol du Sénat, François Hollande, flanqué de Jean Glavany, a psalmodié intelligemment son bréviaire laïque. D’abord en faisant part de son opposition à une refonte de la loi de 1905, puis en faisant part de ses réserves sur une législation interdisant le port du voile à l’école et, enfin, en proposant l’instauration d’une « charte de la laïcité », définissant « les droits et devoirs des citoyens ».
Félicitations. Quasi unanimement, les membres de la mission ont félicité l’intervenant. Même Gilles Kepel, qui, pourtant, a passé une bonne partie de l’audition à somnoler. Lui comme les autres ne sont pas au bout de leurs peines : ils vont passer, chaque mardi et vendredi matin, à auditionner responsables religieux, policiers, professeurs, francs-maçons, élus, etc. Puis, se mettront à formuler des propositions pour « une meilleure application du principe de laïcité dans la République » que le chef de l’Etat veut sur son bureau avant le 31 décembre.
Peut-être retiendront-ils celle formulée hier par François Hollande. Le premier secrétaire du PS souhaite donc l’instauration d’une « charte de la laïcité ». Répondant à une interrogation de Régis Debray, l’un des sages de la commission Stasi, le maire de Tulle a précisé que cette hypothétique « charte » n’aurait pas de valeur normative mais pourrait être adoptée « solennellement » par le Parlement. Jean Glavany, qui préside l’université socialiste de la laïcité, a précisé que la charte serait un « guide pratique » à l’usage des citoyens. Il pourrait servir de « texte de référence » à l’école, ou lors de « cérémonies républicaines » organisées au moment de l’accès à la majorité ou à la citoyenneté.
Cette idée n’est pas nouvelle. Membre de la mission Stasi, le philosophe Henri Pena-Ruiz a rappelé que Jack Lang, alors ministre de l’Education, l’avait déjà eue. En janvier 2002, il avait créé un « Comité national de réflexions et de propositions sur la laïcité à l’Ecole » qui suggérait, lui aussi, la mise en place d’une charte. Mais depuis l’arrivée de Luc Ferry, Rue de Valois, le « comité » ne s’est plus réuni et la charte a été remisée dans un placard.
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