Nul ne sait encore ce qu’il va dire, mais les propos du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui doit s’adresser à la nation lundi soir 30 avril, sont attendus avec impatience, alors que le Parlement doit élire un nouveau président.
Signe de l’agitation qui règne dans le pays, la livre turque perdait 4 %, lundi en milieu de journée, et l’indice de la Bourse d’Istanbul, 8 %. Si bien que le vice-premier ministre, Abdullatif Sener, a dû tenter de rassurer les marchés en affirmant que le gouvernment faisait de la stabilité macroéconomique sa priorité.
Dimanche, plus de 750 000 personnes selon un responsable de la police, 1,2 million selon les autorités municipales, ont manifesté à Istanbul pour dire leur crainte que l’élection à la présidence du candidat de la formation islamiste (AKP) ne marque la fin de la Turquie moderne.
Le seul candidat à la présidence, le ministre des affaires étrangères Abdullah Gül, suscite la méfiance de l’armée et de l’élite laïque du pays. Après un premier tour de scrutin vendredi au Parlement, qui n’a pas permis de désigner le nouveau chef de l’Etat à cause du boycottage des députés de l’opposition, un deuxième vote doit être, en principe, organisé mercredi.
Auparavant, la Cour constitutionnelle doit examiner, lundi, un recours déposé par le Parti républicain du peuple (CHP), principale formation laïque d’opposition, qui demande l’annulation de ce premier tour. On ignore si la décision sera rendue ce même jour.
"INQUIÉTUDE" DES MILITAIRES
Selon les observateurs, Recep Tayyip Erdogan devrait réaffirmer, lundi soir, l’attachement de l’ensemble du gouvernement à la laïcité.
Vendredi, les militaires turcs, qui ont mené quatre coups d’Etat en cinquante ans et se considèrent comme les garants des institutions laïques, ont également fait part de leur "inquiétude", dans un communiqué en forme de mise en garde.
M. Erdogan, qui a finalement renoncé à se présenter à la présidence, et son poulain Gül, démentent, eux, vouloir faire de la Turquie un Etat islamiste. Ils rappellent qu’ils sont au pouvoir depuis près de cinq ans, période marquée par une forte croissance économique, et qu’ils ont engagé les discussions en vue de l’adhésion du pays à l’Union européenne, signe de leur volonté d’ouverture. Le gouvernement, appuyé par l’UE, a appelé les militaires à ne pas se mêler de politique.