La Cour constitutionnelle turque a annoncé, mardi 1er mai, l’invalidation du premier tour de l’élection présidentielle pour vice de procédure. Elle a statué en faveur d’un recours du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), par neuf voix contre deux, jugeant que la séance électorale au Parlement nécessitait 367 députés (sur 550) pour être ouverte.
Vendredi dernier, au premier tour de vote, 361 députés étaient présents dans la salle, le CHP boycottant la séance. Sur ces 361 parlementaires, 357 ont voté pour l’unique candidat, le ministre des affaires étrangères Abdullah Gül, désigné par l’AKP. "Maintenant c’est à la grande Assemblée nationale de Turquie [le Parlement] de décider de la suite", a indiqué le vice-président de la Cour, Hasim Kiliç.
Dans la foulée, le gouvernement turc a annoncé qu’il était prêt à tenir des élections législatives anticipées. Sans dire quand les élections, actuellement prévues le 4 novembre, pourraient avoir lieu, le porte-parole du gouvernement a souligné que la seule condition posée par le Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste) au pouvoir, était un amendement à la Constitution abaissant l’âge d’éligibilité des députés de 30 à 25 ans.
M. Gül, sur la chaîne de télévision publique TRT, a lui aussi appelé à la tenue de législatives "le plus rapidement possible", au cas où le Parlement ne parviendrait pas à l’élire lors d’un éventuel nouveau premier tour de scrutin.
L’invalidation du premier tour, la première de l’histoire de la Turquie moderne, pourrait calmer la colère de l’élite laïque turque, qui a manifesté massivement, dimanche, dans les rues d’Istanbul. Au soir du premier tour vendredi, l’armée a accusé en termes très durs le gouvernement conservateur, au pouvoir depuis 2002, de ne pas défendre les principes laïques et a rappelé qu’elle était prête à le faire elle-même. Le gouvernement a riposté sèchement, rappelant à l’ordre les militaires, qui ont fait tomber quatre gouvernements en 50 ans.