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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Le gouvernement turc persévère après l’invalidation du scrutin (Reuters, 1er mai 2007)



01.05.07 | 21h29

Par Hidir Goktas et Selcuk Gokoluk

ANKARA (Reuters) - Le gouvernement turc se montre résolu à préserver l’élection présidentielle malgré l’annulation du premier tour de scrutin par la Cour constitutionnelle.

Mais des analystes estiment que le seul moyen de sortir de l’impasse réside dans des élections anticipées.

La Cour, donnant raison à un parti de l’opposition laïque ayant déposé un recours, a invalidé le premier tour de la présidentielle, qui s’est tenu vendredi au Parlement, parce que moins des deux tiers des députés étaient présents.

Le recours du Parti républicain du peuple (CHP) visait à bloquer la candidature à la présidence d’Abdullah Gül, actuel ministre des Affaires étrangères et représentant du parti AKP issu de la mouvance islamiste.

Le porte-parole du gouvernement, Cemil Ciçek, a d’abord annoncé qu’un nouveau scrutin sur la candidature de Gül aurait lieu mercredi au Parlement, tout en laissant la porte ouverte à des élections législatives anticipées si l’opposition boycottait à nouveau la séance comme vendredi dernier.

Mais un responsable de l’AKP, Sadullah Erdin, a déclaré ensuite qu’aucun scrutin ne pourrait avoir lieu avant qu’une commission parlementaire du parti se soit réunie, mercredi matin, pour fixer un nouveau calendrier.

"La situation est devenue totalement confuse", a commenté Semih Idiz, chroniqueur du quotidien libéral Milliyet.

Evoquant cette situation, Gül a dit à la télévision nationale qu’il jugeait nécessaire d’amender la Constitution afin de permettre aux Turcs d’élire leur président directement et non par l’intermédiaire du Parlement. Celui-ci élit le chef de l’Etat pour sept ans.

Après la décision de la cour, son vice-président Hasim Kilic a souligné aux journalistes qu’elle avait seulement invalidé le premier tour de scrutin, faute du quorum requis.

LES ELECTIONS ANTICIPEES, SOLUTION DU PROBLEME ?

Gül a confirmé que si, comme on s’y attend, le gouvernement ne parvenait toujours pas à réunir le quorum de 367 députés requis pour le scrutin, des élections législatives anticipées seraient organisées.

Ce scénario est celui qui aurait la faveur des marchés financiers, persuadés que l’AKP obtiendrait une nouvelle majorité parlementaire et poursuivrait des réformes économiques et politiques censées préparer la Turquie à une adhésion à l’Union européenne.

Les marchés financiers turcs avaient enregistré lundi leurs plus grosses pertes depuis un an. La Bourse d’Istanbul et la livre turque sont restées à la baisse mardi, moyennant une légère reprise après la décision de la cour.

Beaucoup pensent que l’AKP adopte une simple posture de défiance pour impressionner ses électeurs conservateurs et qu’il souhaite désormais lui aussi des législatives anticipées.

"Je crois que le parti AKP estime à présent que les élections anticipées sont la seule issue, mais il veut se donner une image de fermeté. Ceci surtout à l’usage de son électorat intérieur et pour garder hauts les coeurs", dit le chroniqueur Cengiz Candar.

Haluk Koc, député du CHP, a salué le verdict de la cour : "La Constitution et notre Etat de droit ont gagné la journée."

Dans le climat de tension entourant l’élection présidentielle, la police a arrêté mardi 700 personnes qui manifestaient à Istanbul à l’occasion du 1er-Mai.

Des affrontements ont opposé la police à des manifestants, membres de mouvements de gauche, qui voulaient défiler dans le centre-ville pour la fête du travail, date marquant aussi le 30e anniversaire d’une fusillade sur la grande place Taksim.

Il y a deux jours, un million de personnes avaient défilé dans le calme dans les rues de la ville pour protester contre la candidature à la présidence de Gül.

Il s’agit de la plus grave crise politique qu’affronte le Premier ministre Tayyip Erdogan depuis son entrée en fonctions en 2003. Il a appelé lundi soir à l’unité nationale mais n’a fait aucun commentaire sur les déclarations de l’état-major.

La puissante armée turque, qui se considère garante de la laïcité républicaine, a fait part vendredi de son "inquiétude" face à la situation politique, alimentant les rumeurs d’une éventuelle intervention. Les militaires turcs ont opéré quatre coups d’Etat depuis cinquante ans.

L’opposition soupçonne Erdogan et Gül de vouloir remettre en cause les fondements laïques de la Turquie moderne fondée au siècle dernier par Mustafa Kemal Atatürk, ce qu’ils contestent.





* Thème(s) associé(s) à l'article :
élections présidentielles - Laïcité - Turquie