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Islam & Laïcité >> Revue de presse

La Cour constitutionnelle annule le premier tour du scrutin présidentiel, comme le souhaitait le camp laïque
Le premier ministre turc appelle à des élections législatives anticipées (Le Monde du 3 mai 2007)



Le « camp des laïques » a marqué un point en Turquie, mardi 1er mai, avec la décision de la Cour constitutionnelle de mettre un coup de frein au processus d’élection, par le Parlement, d’un président de la République issu du camp des « islamistes ».Ces derniers ont riposté en proposant de faire élire le président au suffrage universel, tout en acceptant d’avancer la date des élections législatives. Une demande exprimée depuis des mois par l’opposition et reprise avec force, ces derniers jours, par tous ceux qu’inquiète la crise ouverte au sein du pouvoir. L’épreuve de force, qui a déjà entraîné une chute de la Bourse et une menace d’intervention de l’armée, continue donc entre le gouvernement « islamiste » et sa majorité parlementaire d’un côté, et, de l’autre, l’opposition laïque appuyée par l’armée.

Le Parti de la justice et du développement (AKP) du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan – ex-islamiste, libéral et pro-européen – a annoncé, mercredi matin 2 mai, qu’il a déposé un recours au Parlement pour avancer au 24 juin les élections législatives prévues en novembre. Mais il n’a pas cédé devant le principal parti d’opposition (CHP, Parti républicain du peuple), qui veut un président issu de ces élections selon les modalités fixées, mardi, par la Cour constitutionnelle.

La Cour a accepté, par 9 voix contre 2, la demande du CHP d’annuler le vote organisé vendredi au Parlement, à l’issue duquel il a manqué 10 voix à l’unique candidat – le ministre des affaires étrangères, Abdullah Gül (AKP) – pour être élu par les deux tiers des députés, comme le veut la Constitution.

Selon les juges, ce premier tour devait, pour être valide, se dérouler en présence des deux tiers des députés, ce qui n’était pas le cas, car l’opposition a boycotté la séance.

Jusque-là, les présidents turcs ont été élus,en général, au troisième ou au quatrième tour de scrutin,pour lesquels une majorité simple suffit. Mais, la décision de la cour implique désormais qu’un candidat devra avoir d’emblée la faveur des deux tiers des députés. Ce qui suppose un consensus préalable autour d’un poste plus qu’honorifique, car le président a un droit de veto sur les lois et les nominations des hauts fonctionnaires. Le président sortant, un laïque radical, en a beaucoup usé.

M. Erdogan, lui, a été critiqué pour n’avoir pas consulté en dehors de son camp avant de proposer, à la dernière minute, la candidature de M. Gül, « numéro deux » de son parti.

Amendements constitutionnels L’opposition estime injuste que les « islamistes », élus avec un tiers des voix maisdisposantde65 %des sièges au Parlement, puissent nommer seuls un président supposé être « au-dessus » des partis. Du côté de l’AKP, on trouve injuste le changement des règles du jeu au moment où se présente enfin la chance de briser le dernier verrou des vieilles élites « kémalistes » et d’alléger ainsi la pression de l’armée, gardienne des principes du fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk.

La décision de la Cour« a bloqué le système parlementaire démocratique », a estimé M. Erdogan. « Pour le débloquer, et mettre fin à la domination de la minorité sur la majorité, la solution est de nous tourner vers la nation », a-t-il ajouté. Il a précisé qu’il espérait soumettre à la session actuelle du Parlement des amendements constitutionnels qui fixeraient l’ élection présidentielle au suffrage universel, le mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une fois (au lieu du mandat unique de sept ans actuel), les élections législatives tous les quatre ans (et non tous les cinq ans), et une baisse à 25 ans de l’âge d’éligibilité des députés (30 ans actuellement). Visant à instaurer un régime présidentiel, ces propositions ne peuvent qu’inquiéter encore plus le« camp laïque », alors que l’AKP, malgré une baisse de popularité après ses cinq années au pouvoir, devance toujours tous les autres partis dans les sondages.

Le bureau du Parlement devait se réunir, mercredi,pour décider de la suite des évènements, c’est-à-dire proposer des élections législatives anticipées et « fixer un nouveau calendrier pour l’élection présidentielle », a déclaré M. Erdogan. M. Gül pourrait présenter à nouveau au Parlement, jeudi, sa candidature pour un « deuxième premier tour ». Le scrutin aurait alors lieu sous la menace formulée par le premier ministre : « Si nous ne pouvons pas amener le Parlement à choisir un président, nous trouverons un moyen pour donner ce choix au peuple. »





* Thème(s) associé(s) à l'article :
élections présidentielles - Laïcité - Turquie