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Islam & Laïcité >> Sans titre

Jacques Bouveresse, "Peut-on ne pas croire ? Sur la vérité, la croyance et la foi"
par Pascal Bouchard


livre - revue

Jacques Bouveresse, "Peut-on ne pas croire ? Sur la vérité, la croyance et la foi", Agone, 288 pages, 24 euros

"Si, comme c’est mon cas, on n’a que peu de dispositions pour la croyance et une propension naturelle ou acquise, à vouloir juger et évaluer les croyances de façon rationnelle ..."

Jacques Bouveresse, philosophe, professeur au Collège de France, est de ces hommes qui ne pensent pas qu’on doive écrire compliqué pour être profond. Il ne fait pas non plus semblant de croire qu’une pensée rationnelle est une pensée impersonnelle. Il n’hésite pas à dire "je", et à évoquer sans cesse le lien entre la raison et la sensibilité.

J’ai découvert Jacques Bouveresse un peu par hasard, à la lecture d’un petit livre d’entretiens, "Le philosophe et le réel" (Hachette littérature), qui est sans doute l’un des plus grands livres que j’aie lu depuis Les Essais. Il s’inscrit en effet dans la tradition de Montaigne plutôt que de Kant, mais la modestie du propos et l’affirmation d’une subjectivité, le souci de commenter ses auteurs favoris, Musil et Wittgenstein plutôt que de "créer de nouveaux concepts", ne lui interdit pas, bien au contraire, d’interroger les fondements de la pensée rationnelle.

Il publie cette année "Peut-on ne pas croire ?", où il réunit les textes de deux conférences, l’une sur Musil, l’autre sur "croyance, foi et langage", ainsi qu’un article sur Wittgenstein et les chemins de la religion. Je rassure tout de suite ceux des membres de la Commission qui n’auraient, comme moi, qu’un souvenir lointain de "l’Homme sans qualité" et qui n’auraient jamais ouvert le "Tractatus" (excusez-moi d’étendre sottement mes qualités aux autres, et parce que je suis inculte, de penser que d’autres que moi pourraient l’être...), tout cela se lit fort bien, quitte à laisser passer une allusion ou une digression.

Bouveresse commence par une citation de Peter Hacker (encore un philosophe dont j’ignorais tout, mais c’est l’un des charmes de cette lecture, vous faire découvrir que le monde est plein de gens qui pensent, et que nous n’en sommes pas réduits à nos éternels philosophes
- et parfois pseudo-philosophes, franco-français) : "la vérité a la dignité, mais rarement le charme. Ce sont les illusions de la philosophie, et non ses humbles vérités qui hypnotisent." Il écrit plus loin : "la confiance en la raison semble être devenue si faible que même les croyances [qui offensent la raison] semblent bénéficier, de ce fait, d’un préjugé favorable."

Pourtant, il n’est jamais méprisant, ni hostile aux religions. Il les connaît bien, ayant été séminariste. Il s’inquiète surtout de ce "retour du religieux", dont on parle tant aujourd’hui. Il y voit une "nostalgie de la croyance qu’une époque par ailleurs foncièrement incroyante a une tendance fâcheuse à confondre avec la croyance elle-même". L’une de ses cibles est Régis Debray.

Pascal Bouchard