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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Turquie : manifestations des laïcs avant un nouveau vote pour la présidence (AFP, 5 mai 2007)



ANKARA (AFP), 13:01

Des manifestations pour la laïcité se sont déroulées samedi dans plusieurs villes turques, avec en ligne de mire le parti au pouvoir issu de la mouvance islamiste, à la veille d’un nouveau tour de vote au Parlement pour désigner le chef de l’Etat.

A Manisa, petite ville de l’ouest, plus de 50.000 manifestants, selon les chaînes de télévision, ont dénoncé le Parti de la Justice et du Développement (AKP) et ses agissements anti-laïques, selon eux, en scandant des slogans comme "la Turquie est laïque et le restera".

"Nous ne voulons pas de l’imam Erdogan (ndlr : le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan) et de son protégé Abdullah Gül", le ministre des Affaires étrangères qui a échoué de peu à être élu président, le 27 avril au Parlement, expliquait une jeune femme de Bodrum, ville balnéaire située à 200 km plus au sud.

En choisissant Manisa, les organisateurs du rassemblement entendaient s’en prendre au président du parlement, Bülent Arinç, député de la région et figure influente de l’AKP, qui avait provoqué une controverse en déclarant que le prochain président turc serait un "croyant".

Une autre manifestation réunissant des milliers de personnes se déroulait au même moment à Canakkale (nord-ouest).

Ces manifestations s’inscrivent dans la lignée de celles d’avril à Ankara et Istanbul, qui ont réuni à chaque fois un million de personnes.

Une nouvelle manifestation est prévue le 13 mai à Izmir, troisième ville du pays, sur la mer Egée.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2002, l’AKP est soupçonné de vouloir islamiser la Turquie. L’armée l’a accusé en termes très durs, dans un communiqué publié le soir même du vote au parlement, de miner la laïcité.

Le gouvernement a riposté avec virulence.

Quatre jours plus tard, la Cour constitutionnelle, arguant d’une question de quorum, a annulé le vote au parlement et la crise n’a pu être désamorcée qu’avec la convocation par l’AKP d’élections législatives anticipées le 22 juillet.

Un nouveau tour de vote est prévu dimanche au parlement mais M. Gül n’a pratiquement aucune chance d’être élu, l’opposition ayant annoncé qu’elle boycotterait à nouveau le scrutin. Or l’AKP ne détient pas les deux-tiers des sièges requis pour faire passer son candidat.

Le président de la République est censé être le garant des principes de la République laïque créée par Mustafa Kemal Atatürk.

"Notre message est clair, on dit à Gül de ne pas être candidat. Nous sommes les enfants d’Atatürk", affirmait ainsi une manifestante de Manisa.

Conscient que son candidat a peu de chances d’être élu par les députés, l’AKP a déposé vendredi au parlement une réforme constitutionnelle prévoyant l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel, pour un mandat de cinq ans renouvelable, au lieu de l’actuel mandat unique de 7 ans.

Dans la perspective des législatives, deux partis de centre-droit ont annoncé samedi leur fusion. Le parti de la Juste voie (DYP) et le parti de la Mère-patrie (Anap) se présenteront aux élections sous la bannière du parti Démocrate (DP).

Ces deux formations n’avaient pas réussi, aux précédentes législatives de 2002, à franchir le seuil des 10% des suffrages requis pour envoyer des représentants au parlement. Cela avait favorisé l’AKP qui détient ainsi près des deux-tiers des sièges, avec 34% des voix.





* Thème(s) associé(s) à l'article :
élections présidentielles - Laïcité - Turquie