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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Au Brésil, le pape face à la vague des pentecôtistes (Le Monde daté du 9 mai)



Benoît XVI était attendu, mercredi 9 mai, à Sao Paulo, pour une visite de six jours au Brésil, pays le plus catholique du monde (155 millions). On connaît son goût modéré pour les voyages : six en deux ans, en Allemagne, Pologne, Espagne et Turquie. Jean Paul II a foulé dix-huit fois le continent latino-américain, longtemps présenté comme l’avenir du catholicisme en raison de sa force numérique (40 % de la population catholique mondiale), de ses réseaux éducatifs, sociaux et de son rôle politique.

Le pape restera dans l’État de Sao Paulo, où il rencontrera le président Luiz Inacio Lula da Silva et les autorités brésiliennes, canonisera le premier saint du pays (le franciscain Antonio de Santa’ana Galvao) et tiendra un meeting de jeunes au stade de Pacaembu. Samedi 12 mai, il se rendra au sanctuaire d’Aparecida pour ouvrir la cinquième assemblée générale du Conseil épiscopal latino-américain (Celam) devant des centaines d’évêques délégués des 22 pays d’Amérique latine et des Caraïbes. La précédente assemblée de ce type remontait à 1992 à Saint-Domingue, en République dominicaine.

Ce sera l’événement majeur d’un voyage dans une Eglise désorientée. Le premier signe de crise est l’hémorragie des fidèles au profit des Eglises " évangéliques " ou " pentecôtistes ". En vingt-cinq ans, l’Eglise catholique du Brésil a perdu un quart de ses fidèles. Au Mexique, depuis 1970, la population catholique a chuté de dix points. La croissance des groupements pentecôtistes oscille entre 15 % et 20 % au Brésil, au Chili, au Guatemala et elle est proche de 13 % au Pérou.

" EVANGILE SOCIAL "

L’Eglise catholique doit désormais composer avec un pluralisme confessionnel qu’encouragent en particulier le président vénézuélien Hugo Chavez ou Michèle Bachelet au Chili qui, après son triomphe à l’élection présidentielle de 2006, a participé à un Te Deum dans la cathédrale pentecôtiste de Santiago, comme le rappelle Jean-Pierre Bastian dans un numéro de la revue Esprit de mars-avril consacré aux mouvements évangéliques.

Pendant des décennies, la ligne de l’Eglise catholique en Amérique latine avait été celle de l’" option préférentielle pour les pauvres ", définie par la conférence épiscopale du Celam à Medellin (Colombie) en 1968, en présence de Paul VI, et de Puebla (Mexique) en 1979 avec Jean Paul II. Elle a fait se lever des générations de militants, de " théologiens de la libération ", de " communautés ecclésiales de base ", lieux d’éducation populaire et de résistance. Mais pour les milieux conservateurs (Opus Dei, Légionnaires du Christ), comme pour les générations d’évêques nommées par Jean Paul II, la " politisation " de l’Eglise dans les années 1980-1990 - celle des régimes autoritaires (Chili, Brésil) et des conflits armés - aurait créé des vides spirituels dans lesquels les sectes se seraient engouffrées.

L’Eglise " populaire ", la " théologie de la libération ", les communautés de base ont été accusées de prêcher un " Evangile social " et de détourner les fidèles vers les groupes pentecôtistes, qui cherchent moins à éveiller la conscience politique des populations pauvres qu’à répondre à des besoins d’entraide.

Le " rééquilibrage " a commencé à la conférence du Celam de Saint-Domingue en 1992. Il se poursuivra à Aparecida. En substance, l’Eglise ne doit pas céder à la pression de ses concurrentes évangéliques. Elle doit mettre l’accent sur une formation plus rigoureuse de son clergé, une discipline et une théologie plus conformistes. Devant des diplomates latino-américains à Rome, en février, Benoît XVI avait déploré le " prosélytisme des sectes " et " l’affaiblissement de la famille sous la pression de lobbies ", dans une allusion aux réformes en cours d’adoption en Colombie (droits de succession dans les couples homosexuels) ou au Mexique (dépénalisation de l’avortement).

Cette situation fait dire à Léonardo Boff, théologien qui a rompu avec Rome : " La ligne conservatrice imposée à toute l’Eglise a durci les doctrines, fossilisé les rites, étouffé la créativité nécessaire pour affronter les nouveaux défis. "

Henri Tincq

© Le Monde

BRÉSIL

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Au 31 décembre 2005, le Brésil comptait 184 millions d’habitants, dont 155 millions de catholiques. Le nombre de prêtres est de 18 090 dans 260 diocèses, soit un pour 7 500 fidèles, une moyenne plus faible qu’en Europe. Beaucoup de prêtres sont d’origine étrangère, un handicap par rapport aux pasteurs évangéliques formés de manière expéditive.

AMÉRIQUE LATINE

Près de la moitié des catholiques de la planète - 415 millions sur un milliard - vivent en Amérique latine. Outre le Brésil, trois nations figurent parmi les dix premiers pays catholiques du monde : le Mexique (92, 8 millions), la Colombie (39,8) et l’Argentine (35 millions).





* Thème(s) associé(s) à l'article :
Brésil - Eglise catholique - Pentecôtistes