Par Slim ALLAGUI
COPENHAGUE, 11 mai 2007 (AFP) - Avec son foulard islamique élégamment posé sur la tête, Asmaa Abdol-Hamid, une Danoise d’origine palestinienne, dérange scène politique et opinion publique au Danemark depuis qu’elle a annoncé il y a quelques semaines son intention de briguer, voilée, un mandat au parlement.
Investie par son parti, La Liste de l’unité (ex-communistes), elle a toutes les chances d’être la première femme à entrer voilée dans une assemblée nationale en Europe.
Âgée de 25 ans, Asmaa, conseillère sociale à Odense, est une figure charismatique par son engagement, son voile et son refus de serrer la main aux hommes.
Fille de parents palestiniens, arrivée au Danemark à l’âge de 5 ans, elle récuse ses détracteurs qui l’accusent d’être une femme opprimée, défendant son "droit à la différence".
Désignée officiellement le 6 mai par le congrès de sa formation d’extrême gauche, elle a été placée deuxième sur la liste des candidats de Copenhague, aux prochaines élections prévues au plus tard début février 2009, lui ouvrant quasiment la voie du parlement, à en croire un récent sondage.
Cette affaire suscite des remous dans un royaume scandinave hostile à l’extrémisme musulman, faisant craindre la résurgence du conflit avec l’islam de l’année dernière.
La publication dans un quotidien danois de dessins du prophète avait entraîné la plus grave crise dans l’histoire contemporaine du Danemark avec le monde musulman.
Asmaa, qui avait également défrayé la chronique en 2006, en étant la première présentatrice à la télévision danoise à porter le foulard, était la porte-parole de onze associations musulmanes qui ont porté plainte contre le journal.
Réagissant le premier à l’éventualité de voir une femme arborant le hijab sur les bancs du Folketing, le porte-parole du Parti du peuple danois (PPD, extrême droite), Soeren Krarup, a qualifié le foulard islamique de "symbole totalitaire" semblable à "la croix gammée du nazisme".
L’eurodéputé du PPD Mogens Camre lui a emboîté le pas, estimant qu’Asmaa avait "besoin d’un traitement psychiatrique".
Pia Kjaersgaard, leader du PPD, qui a bâti le succès de son parti sur le refus de l’immigration musulmane, a protesté, affirmant que le port du voile est "imposé souvent à de très jeunes filles innocentes par des hommes autoritaires".
Elle dit éprouver "une certaine pitié" pour une femme qui "tente de faire croire que le voile la rend libre".
"Je suis libre avec ce morceau d’étoffe sur ma tête. C’est un choix que je considère juste. Je préfère saluer les hommes en portant ma main sur mon coeur pour montrer ma sincérité et mon respect. Mais je n’exigerai jamais que d’autres le fassent", se défend l’intéressée.
Pour elle, le parlement est "un moyen pour une musulmane danoise (...) de se battre pour (ses) idées" : l’égalité entre hommes et femmes.
Partisane de "la séparation de la religion et de la politique", elle n’a pas l’intention de demander un lieu de prière au parlement si elle est élue.
Scandalisée par les attaques du PPD, Elsebeth Gerner Nielsen, députée du parti radical (opposition) et ancienne ministre de la Culture, s’est présentée devant photographes et journalistes, tête recouverte d’un foulard.
Elle a appelé au "droit à la différence, à la liberté d’expression", "la tolérance et à faire contrepoids" à l’extrême droite "nationaliste et renfermée" qui "diabolise les musulmanes qui portent des foulards".
"Ce qui est essentiel n’est pas ce qu’on a sur la tête mais les points de vue qu’on exprime", dit-elle.
Elle s’est néanmoins attiré les foudres d’un dissident du même parti, Naser Khader, musulman modéré, qui l’accuse "de rendre service aux islamistes", point de vue "partagé" par le Premier ministre Anders Fogh Rasmussen.
Le Danemark compte environ 200.000 musulmans, soit 3,5% de la population totale.