LIBERATION.FR : lundi 21 mai 2007
Mickaël Tronchon, qui avait revendiqué sous le nom de Phinéas l’agression à la hache de deux Français d’origine maghrébine, près de Lyon et à Paris et la profanation du cimetière juif de Lyon en août 2004, est jugé jusqu’à vendredi devant la cour d’assises du Rhône
Ce jeune homme poli, d’apparence calme, est poursuivi pour avoir tenté de tuer à coups de hache, en plein jour et en pleine ville, un trentenaire puis un sexagénaire Français d’origine maghrébine, le premier à Villeurbanne (Rhône) et le second à Paris. Il risque la prison à perpétuité.
Constatant le peu d’écho médiatique de son crime, Mickaël Tronchon avait décidé de profaner le cimetière juif de Lyon, inscrivant à la peinture noire des slogans racistes ainsi que des croix gammées -à l’envers- et des croix celtiques sur une soixantaine de tombes.
Il avait signé son acte « Phinéas », expliquant par la suite aux enquêteurs qu’il souhaitait s’inscrire dans la lignée des « prêtres de Phinéas », groupuscules néo-nazis américains dont il avait entendu parler à la télévision.
Quelques jours plus tard, à Paris, Mickaël Tronchon avait agressé un musulman de 60 ans, frappé alors qu’il revenait de la mosquée dans le XIIe arrondissement.
Le lendemain, le jeune homme s’était rendu au commissariat du XVIIIe arrondissement de Paris pour revendiquer les agressions et la profanation. L’avocat général a demandé que la préméditation soit retenue comme circonstance aggravante.
L’accusé est, pour le moment, poursuivi pour tentative de meurtre en raison de l’ethnie et destruction de lieu de culte. Le verdict est attendu jeudi soir ou vendredi.
Le « croisé » voulait se faire remarquer
Procès de Mickaël Tronchon, accusé d’avoir tenté de tuer deux hommes d’origine maghrébine à la hachette.
Par Olivier BERTRAND
QUOTIDIEN : lundi 21 mai 2007
Mickaël Tronchon a fait le salut hitlérien, le 14 août 2004, en entrant dan le commissariat de police du XVIIIe arrondissement de Paris. Il avait 24 ans. I s’est présenté au chef de poste : « Je viens me rendre, car, hier soir, j’ai tué un Arabe. » Puis il a donné au fonctionnaire une hachette sur laquelle il avait inscrit « Phinéas ». Sous ce pseudonyme, il avait tenté de tuer deux hommes d’origine maghrébine, et avait profané un cimetière juif.
La cour d’assises de Lyon le juge à partir de ce matin. Pour sa première agression, le 5 août 2004, Phinéas s’est levé à 5 h 30. Il s’est habillé, a glissé dans son pantalon la hachette achetée quelques jours plus tôt. Puis il est sorti dans la rue, pour chercher un Arabe à décapiter. Il avait enfilé un tee-shirt orné d’une croix, afin que sa victime comprenne qu’il s’agissait d’une « croisade ». Mais Chaabane Benrebai (36 ans) n’a rien compris à ce qui lui arrivait. Il a seulement demandé du feu à un jeune homme, celui-ci a dit oui, mais a sorti une hachette pour le frapper au visage, à la tête et au thorax. Il est tombé au sol en hurlant, et Mickaël Tronchon a tenté de le décapiter. Sa vie n’a tenu qu’au fil mal aiguisé de la hachette.
Néonazis américains. Tronchon est reparti calmement, son arme au bout de son bras. Il est resté deux jours sans se laver, afin de garder du « sang d’Arabe » sur les mains. Après l’agression, le garçon a appelé le commissariat, afin de revendiquer son geste. Il a annoncé que Lyon allait devenir « le territoire de chasse des loups d’Hitler ». Il a ajouté qu’il était Phinéas, du nom d’un personnage biblique. Il avait vu à la télé un reportage sur les « Prêtres de Phinéas », un groupuscule néonazi américain. Pour en faire partie, « il faut juste tuer quelques Juifs, quelques nègres, quelques Arabes, quelques homosexuels... », expliquera le jeune homme aux policiers, après son arrestation.
La première agression n’a fait qu’une brève dans le Progrès de Lyon. Ecoeuré, Phinéas a alors décidé de profaner le cimetière juif de la Mouche, à Lyon, afin de revendiquer son premier geste. Le 9 août au soir, il a tracé des croix celtiques et gammées sur les stèles, a barbouillé des portraits, et a posé sur une tombe la hachette utilisée à Villeurbanne. Le lendemain, il a rappelé les policiers, pour leur dire : « Vous avez retrouvé la hache que j’ai posée sur la tombe, c’est celle que j’ai utilisée pour frapper l’insecte islamique, je vous ai fait échec, vous avez perdu un coup, c’est à moi de jouer. »
Phinéas a alors pris le TGV, afin d’aller « frapper un grand coup dans la capitale ». Il avait envisagé de se faire sauter au milieu de la Grande Mosquée de Paris. Mais a renoncé, car il ne se sentait « pas assez intelligent » pour fabriquer l’explosif. Il a ensuite pensé assassiner François Hollande, « partisan de l’immigration et du mariage homosexuel ». Mais il a encore reculé, craignant de faire de Ségolène Royal une « victime charismatique ». Il a alors acheté une deuxième hachette heureusement d’aussi mauvaise qualité que la première (4,82 euros chez Mr. Bricolage ) et a décidé de s’en « faire un autre ». Le 13 août, près de la gare de Lyon, il a frappé de dos un homme de 60 ans qui rentrait de la mosquée en djellaba. Puis le lendemain, il est allé prier au pied des statues des croisés du Sacré-Coeur avant de se rendre.
Trompette de comptoir. Mickaël Tronchon est né d’une relation cachée entre sa mère et un élu de Pontarlier. Un homme qui ne l’a pas reconnu, et qui s’est tiré une balle dans la tête quand le garçon avait 5 ans. Sa mère lui a raconté, et elle a ajouté qu’il avait été conçu à la sauvette dans une voiture. Elle lui a donné une photo de ce père, et un modèle réduit de sa voiture. Elle était alcoolique. Il a été placé jusqu’à 8 ans, puis il est revenu vivre avec elle lorsqu’elle s’est mariée, avec un paysan âgé. « Une trompette de comptoir », selon Mickaël, qui a raconté au juge que l’homme se faisait battre à coup de laisse de chien par sa mère. A 13 ans, il a été placé en foyer à la demande de ses grands-parents. Sa mère s’est alors immolée par le feu. Mickaël était soulagé, d’après ce qu’il a dit aux psychiatres. Mais il s’est retranché du monde, jusqu’à ne plus voir personne. Ayant subi des brimades en foyer, il s’est inventé un bouc émissaire étranger, puis a décidé de passer à l’acte. Il a acheté la première hachette, et s’est entraîné des nuits entières, sur un matelas. Lorsqu’il s’est senti prêt, il a mis son réveil à 5 h 30, le 5 août 2004.
La cour d’assises le juge à Lyon jusqu’à la fin de la semaine pour tentatives de meurtre.