LE MONDE | 21.05.07 | 13h43 • Mis à jour le 21.05.07 | 13h43
Dénoncer la politique homophobe du pouvoir polonais, défendre les droits des minorités sexuelles : pour que leurs mots d’ordre soient entendus, les organisateurs de la "Parade de l’égalité" qui a eu lieu, samedi 19 mai, dans les rues de Varsovie, avaient invité cette année plusieurs responsables politiques européens.
En tête de la parade, dans le char des VIP européens, la présidente des Verts allemands, Claudia Roth, s’est engagée à "revenir en Pologne tant qu’il y aura de la discrimination, de la haine et de la violence" contre les homosexuels. A ses côtés, l’eurodéputée néerlandaise Kathalijne Buitenweg, du groupe des Verts. Elle est l’origine d’une "résolution au Parlement européen sur l’homophobie et les propositions de M. Giertych". "La parade n’est pas une manifestation contre la Pologne, mais pour l’égalité", explique-t-elle. Plus loin, derrière une flopée de drapeaux européens et arc-en-ciel, Ulrika Karlsson, du Parti conservateur modéré suédois, et Michal Kauch, député libéral allemand, sont venus donner "un message fort aux autorités polonaises pour qu’elles dialoguent avec la société civile polonaise". Un message de "solidarité" car "l’Europe n’est pas qu’une union économique, mais aussi une union de valeurs".
"UN PEU PLUS DÉTENDUE"
Assistant d’un député allemand chrétien démocrate (CDU), Dirk Braitschink a fait le déplacement depuis Berlin. Sa bête noire ? Roman Giertych, ministre de l’éducation nationale et leader de l’extrême droite, la Ligue des familles polonaises (LPR). Pour être déjà venu à la parade de 2006, Dirk Braitschink admet que cette année, l’atmosphère est "un peu plus détendue et tolérante", grâce à l’élection à l’automne d’un nouveau maire à la tête de la capitale, la libérale Hanna Gronkiewicz-Waltz.
L’édition 2007 de la parade aura rassemblé environ 4 000 participants, contre plus de 500 000 en France, moins qu’en 2006 où 6 000 à 8 000 personnes avaient défilé. En marge de la parade, une quarantaine de membres de Jeunesse de la Grande Pologne, rattachée à l’extrême droite nationaliste polonaise, ont brocardé leurs habituels slogans antigays "Arrêtez-les", "Homo, rentrez chez vous", dans un climat politique largement homophobe.
Trois jours plus tôt, le ministre de l’éducation avait présenté à la presse sa dernière lubie : amender une loi sur le système éducatif pour interdire "la propagande homosexuelle" dans les écoles polonaises et "défendre les valeurs familiales traditionnelles". Homophobe zélé, le chef de file des catholiques nationalistes est entré dans le gouvernement de coalition en mai 2006. Au prétexte de lutter contre "la haine et la discrimination", il a expliqué, sourire aux lèvres, qu’il entendait "protéger les jeunes contre la diffusion de visions qui menacent le modèle du mariage et de la famille". "Dans les écoles espagnoles et britanniques, on enseigne qu’il existe trois modèles de famille : maman et papa ; maman et maman ; papa et papa. Ce style de vie n’arrivera pas jusqu’à nous, cette loi doit l’empêcher", a-t-il martelé.
La vice-ministre aux affaires sociales, la conservatrice Joanna Kluzik-Rostkowska, avait aussitôt dénoncé le projet de M. Giertych. "La famille polonaise n’est aucunement menacée par l’homosexualité", avait-elle rappelé, déconcertée, au quotidien centre gauche Gazeta Wyborcza.
Pour briser le mur du silence et informer sur ce que signifie être homosexuel en Pologne, l’Organisation contre l’homophobie (KPH) a récemment mené une enquête auprès d’un millier d’homosexuels et bisexuels : 51 % disent avoir été victimes de violence psychologique et 85 % cachent leur orientation sexuelle sur le lieu de travail.
Les institutions européennes restent vigilantes. Début mai, la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg avait condamné la Pologne pour avoir interdit l’organisation de la parade de l’égalité en 2005 à Varsovie. La ville était alors aux mains du conservateur Lech Kaczynski, aujourd’hui chef de l’Etat.
Célia Chauffour