Voir aussi sur ce sujet l’article du Soir de Bruxelles. Lire
Le Pr Vassilis Saroglou, responsable du Centre de psychologie de la religion de l’UCL (Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation) a réalisé, avec son équipe , deux études consécutives afin d’évaluer l’attitude des Belges face au port du voile. La première s’est déroulée au printemps 2005, la seconde à la fin de l’année 2006. 313 personnes représentatives de la société belge ont été interrogées en Belgique francophone. Alors que plusieurs études se sont déjà penchées sur les motivations et la signification du voile pour les femmes qui le portent, c’est la première fois que des chercheurs sondent la société dite d’accueil.
Cette double étude visait à évaluer l’attitude des Belges autochtones face au voile et, en cas de perception négative, à comprendre cette hostilité : s’agit-il du rejet d’autrui ou au contraire d’un souci de promouvoir l’autonomie des personnes qui le portent ? Questions complémentaires : quel rôle la foi religieuse joue-t-elle en la matière ? Quel est le rôle d’autres variables relatives à la personnalité, aux valeurs ou aux identités collectives ?
Plus de la moitié des personnes interrogées estiment que le port du voile va à contrecourant de la société moderne et qu’il faudrait l’interdire en certains endroits. 44,6% indiquent que cela les dérange dans l’enceinte d’une école et près de 35% se disent dérangés lorsqu’il est porté dans des lieux publics. Un Belge sur cinq affirme même que cela le dérange partout. Seuls 17,5% estiment qu’il peut être porté partout. L’âge tend à jouer un rôle négatif tandis que le niveau d’éducation intervient peu et l’état civil n’intervient pas (le niveau d’éducation primaire accentue légèrement une perception négative).
Pour aller plus loin, les chercheurs ont étudié de quelle façon certains paramètres influençaient la perception :
la religion : la religiosité ou la spiritualité des Belges autochtones prédit une attitude bienveillante face au voile. Par contre, une pensée « littérale », sans nuance (notamment anti-religieuse mais aussi orthodoxe) joue un rôle négatif.
Les attitudes par rapport aux groupes dont on fait partie (exo-groupes) : racisme subtil - basé non sur la race mais sur le mépris de la nature de certains groupes - et sentiment de supériorité culturelle, voire parfois antipathie nette, prédisent clairement une attitude négative face au port du voile.
Les valeurs : l’hostilité face au voile est présente chez les personnes qui valorisent « l’expansion de soi » (pouvoir, réussite, hédonisme) ; cette hostilité reflète également des soucis sécuritaires. Contrairement à ce que d’aucuns pourraient supposer, le souci pour l’autonomie des personnes n’implique pas des attitudes négatives face au voile ; au contraire, ceux qui représentent le voile comme un signe de soumission ont tendance à donner peu d’importance à la valeur d’autonomie.
La personnalité et l’identité collective : l’ouverture intellectuelle et esthétique constitue un frein à une perception négative, tout comme le fait de se définir comme citoyen du monde et d’adhérer à des valeurs universalistes.
Les chercheurs ont également demandé aux personnes interrogées de se positionner par rapport à différentes représentations du voile. 75% déclarent qu’il est signe d’appartenance à une communauté ; 69,2% le voient comme un indice de soumission ; 44,2% pensent qu’il est porté pour marquer la différence par rapport aux Belges ; 30,8% qu’il est un signe « anti-Occident ». Enfin, seuls 20% pensent qu’il permet de préserver la liberté.
Au terme de cette étude, les auteurs engagent à la prudence : plusieurs directions causales entre racisme et voile sont possibles. Si le racisme peut raisonnablement être pensé comme suscitant en grande partie l’hostilité au voile, il n’est pas exclu non plus que la sur-présence du voile dans l’espace public alimente un racisme sous-jacent. Pour la société dite d’accueil, cela implique la nécessité d’un travail incessant sur le racisme qui couve en son sein ainsi que l’utilité d’un questionnement sur la réalité des motivations qui peuvent parfois se cacher derrière le souci de défendre l’autonomie d’autrui. Pour la communauté musulmane, se pose également la question d’une réflexion éthique, spirituelle et pragmatique où la nécessité de respecter une pratique religieuse doit aussi en partie tenir compte du regard d’autrui, en l’occurrence un regard pour le moins suspicieux.
« Les attitudes relatives au voile : la psychologie de la société d’accueil. »
Centre de psychologie de la religion (Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, Unité de psychologie sociale et des organisations) :
http://www.uclouvain.be/en-psyreli
Dirigé par le Pr Vassilis Saroglou, directeur associé de l’International Journal for the Psychology of Religion, président du Réseau européen inter-universitaire de psychologie de la religion.
Tél 010 47 82 74,
E-mail : vassilis.saroglou@uclouvain.be