Les partisans de la laïcité, après avoir manifesté en masse dans les grandes villes, se mobilisent maintenant dans les petites communes. Ils craignent qu’une nouvelle avancée de l’AKP, le parti (ex-islamiste) au pouvoir, ne menace leur mode de vie. Ce parti dément pourtant tout projet islamiste et accuse ses adversaires de s’accrocher à leurs pouvoirs - ceux de l’armée et des vieilles élites du pays.
Dans ce contexte politique déjà tendu, l’attentat à la bombe du 23 mai à Ankara (7 morts, 90 blessés) a encore alourdi ce début de campagne électorale. Les forces de sécurité multiplient les arrestations de personnes présentées comme " des terroristes du PKK " (séparatistes kurdes), accusées de préparer d’autres attentats. La tension sécuritaire monte, alimentée par les accrochages entre l’armée et le PKK à la frontière irakienne. La situation pourrait-elle dégénérer au point de faire annuler les législatives du 22 juillet ? L’hypothèse a été avancée par ceux qui soupçonnent les généraux d’être prêts à tout pour empêcher l’accession à la présidence de la République d’un des chefs de l’AKP. Le fait que leurs épouses soient voilées prouverait, selon les généraux, leur " agenda islamiste caché ".
Malgré cela, l’AKP espère toujours réformer le mode de scrutin pour l’élection présidentielle en instaurant le suffrage universel. A moins qu’il ne renforce suffisamment sa majorité parlementaire, le 22 juillet, pour faire élire son candidat au Parlement. La sortie de crise pourrait aussi venir d’un consensus trouvé à l’issue des législatives si l’AKP doit s’associer à un petit parti laïque pour continuer à gouverner.
Sophie Shihab
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