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Islam & Laïcité >> Revue de presse

La gratuité de la contraception exaspère l’Eglise brésilienne (Le Monde daté du 8 juin 2007)



L’Eglise catholique n’a guère apprécié le nouveau programme de planning familial lancé par le gouvernement brésilien, trois semaines après la visite, à la mi-mai, du pape Benoît XVI. " C’est une véritable fièvre anticonceptionnelle, une grave infraction à la loi naturelle qui établit un lien entre relation sexuelle et transmission de la vie ", estime l’évêque de Nova Friburgo (Etat de Rio de Janeiro), Rafael Cifuentes, président de la Commission épiscopale pour la vie et la famille.

Le président Luiz Inacio Lula da Silva a lancé un nouveau programme social pour son second mandat, doté d’un budget de 41 millions d’euros, pour aider les familles brésiliennes " à éviter des grossesses qui ne sont pas programmées ou désirées ". Il s’agit de démocratiser l’accès aux méthodes contraceptives, avant tout pour les classes sociales les plus défavorisées et les moins informées, les foyers aisés planifiant depuis longtemps le nombre d’enfants désirés.

Au Brésil, le taux de natalité est de 2,4 enfants par femme, mais l’Institut brésilien de géographie et statistiques (IBGE) nuance cette moyenne : les familles percevant moins d’un euro par jour ont 5,3 enfants, jusqu’à 6,3 dans le Nord-Est déshérité, tandis que celles dont le salaire mensuel dépasse 740 euros ont 1,1 enfant, comme en Europe.

Le prix des méthodes contraceptives sera donc réduit de manière drastique. Le ministre de la santé, José Temporao, a annoncé des plaquettes de pilules, des injections anticonceptionnelles et des préservatifs avec un rabais de 90 % dans les pharmacies populaires et affiliées.

Les pilules et préservatifs sont déjà distribués gratuitement dans les postes de santé, mais le but est d’élargir leur accès à un plus vaste public. Seront aussi encouragées les vasectomies, microchirurgies déjà bien pratiquées, qui coûtent moins cher que des ligatures de trompes.

Toutes ces méthodes feront l’objet d’une campagne d’éducation dans les écoles, les centres communautaires, les centres de santé et les médias. Notamment pour toucher les adolescentes des favelas des grandes villes, où selon l’IBGE, les naissances ont augmenté de 42 %, la moitié n’étant pas le fruit d’une union stable.

" CULTURE DE LA MORT "

Résultat, il y a de plus en plus d’enfants qui vivent, abandonnés, dans la rue. Ainsi, à n’importe quel carrefour des quartiers résidentiels, comme la Zone sud de Rio de Janeiro, on peut voir de petits garçons, parfois âgés de seulement 4 à 5 ans, jongler sur la chaussée avec des balles de tennis devant les phares des voitures. Pieds nus, trempés pendant la saison des pluies, vêtus souvent de tee-shirts élimés, ils passent ensuite entre les véhicules pour recueillir une pièce. Il n’y a jamais ni père ni mère dans les parages.

Trois semaines après la visite du pape, qui a pourfendu l’avortement et la " culture de la mort ", Brasilia a tenu à souligner que son initiative est " en faveur de la vie ", puisque les couples auront le choix de planifier leur famille. Benoît XVI avait prôné plutôt la chasteté face aux 30 000 jeunes réunis à Sao Paulo. Réaction d’autant plus vive que le ministre de la santé a lancé le débat sur la libéralisation de l’interruption volontaire de grossesse, toujours interdite, dont il voudrait faire un référendum. Pour M. Temporao et le président Lula, il s’agit d’un problème de santé publique : 1 million d’avortements clandestins serait pratiqué annuellement au Brésil, et 4 000 femmes en mourraient.

Annie Gasnier (Rio de Janeiro, correspondance)

© Le Monde





* Thème(s) associé(s) à l'article :
Brésil - Contraception - Eglise catholique