POUR la première fois depuis le début des recherches dans ce domaine, le Vatican n’a pas condamné la mise au point d’une technique permettant l’obtention, à des fins scientifiques et médicales, de cellules souches aux caractéristiques proches des cellules souches embryonnaires. Les derniers développements de cette technique ont récemment fait l’objet d’une série de communications scientifiques (Le Monde du 8 juin). Trois équipes de biologistes travaillant indépendamment au Japon et aux Etats-Unis annonçaient alors être parvenues à transformer en cellules souches des cellules prélevées sur des fibroblastes de souris adultes.
" A nos yeux, c’est a priori une bonne nouvelle, et nous nourrissons l’espérance que cette technique puisse être développée dans l’espèce humaine, a déclaré au Monde Mgr Elio Sgreccia, président de l’Académie pontificale pour la vie. Nous ne pouvons que nous réjouir de résultats qui viennent nous démontrer qu’il n’est pas nécessaire d’immoler des embryons humains pour progresser dans le domaine de la recherche médicale. "
Il semblait jusqu’ici impossible d’obtenir qu’une cellule somatique puisse revenir au stade d’une cellule souche. " Nous n’avons donc plus besoin d’ovocytes ni d’embryons ", a affirmé le Japonais Shinya Yamanaka (université de Kyoto), le premier à avoir obtenu ces résultats. Un message pleinement entendu au Vatican.
Dans la communauté scientifique, les avis sont toutefois partagés quant à l’exacte dimension de ce travail. Certains, comme Hans Schöler (Max Plank Institute, Munster), estiment qu’il s’agit d’un résultat équivalent à la création de la brebis Dolly, obtenue par clonage d’une cellule adulte.
" Ces travaux sont très intéressants d’un point de vue fondamental, précise Michel Pucéat (Inserm U 861 ; I-Stem). L’efficacité de reprogrammation reste toutefois très faible, et le caractère potentiellement dangereux des gènes utilisés dans cette expérience - qui peuvent notamment induire une prolifération cancéreuse des cellules - interdirait d’envisager leur utilisation thérapeutique. "
Reste aussi à préciser si elles sont pluripotentes - capables de se transformer en une grande variété de tissus - ou totipotentes, c’est-à-dire susceptibles d’être à l’origine d’un organisme entier.
Jean-Yves Nau
© Le Monde