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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Croisade contre Amnesty International
Le Vatican prend prétexte que l’ONG soutient l’IVG pour ne plus la financer (Le Monde daté du 22 juin 2007)



Quelle mouche a piqué le conseil pontifical Justice et Paix, qui invitait récemment les catholiques du monde entier à ne plus financer Amnesty International ? Avant de répondre à cette question, c’est aux victimes que je pense. Les voici doublement atteintes. D’abord par la répression, la torture, ou les injustices qu’elles subissent. Ensuite par l’absence de soutien financier à une organisation non gouvernementale dont le mérite est par ailleurs reconnu par la Commission romaine.

Le motif avancé pour justifier une telle croisade, aux conséquences dramatiques, est celui du soutien qu’Amnesty International apporterait à l’avortement.

Une telle position ne facilite pas la réflexion sur la difficile question de l’interruption volontaire de grossesse.

Chacun a le droit, Rome en premier, d’être contre l’avortement. Mais il est pernicieux de ne pas faire la distinction entre le souhait de voir l’avortement ne plus être pénalisé, et la promotion active de l’avortement. Amnesty International n’a jamais adopté une telle démarche.

Placée au coeur des violences extrêmes, y compris des agressions sexuelles, l’organisation se doit de réfléchir à l’hypothèse d’une intervention pour interrompre une grossesse née dans une situation de totale violence et d’absence de liberté. Faut-il pénaliser la victime des conséquences d’une agression subie et d’une humiliation définitive ? Attitude rigide Justice et Paix, par cette position inacceptable, empêche de mettre l’accent sur une dérive (en tout cas à mes yeux) qui consiste à transformer une législation initiale d’aide aux femmes jetées dans la détresse en un droit impératif à l’avortement pour pallier les désordres sexuels ! Justice et Paix, qui a pour mission d’inviter les catholiques à réfléchir sainement, eût été mieux avisée de poser le problème sans condamner.

Hélas, il est impossible de ne pas voir dans cette attitude rigide au regard de l’annonce d’un Evangile d’amour le sectarisme de certains mouvements « prolife » (anti-avortement) qui ne reculent devant aucun moyen pour imposer leur vérité dogmatique. Il est regrettable que l’organe romain chargé de la défense de la justice, de la paix et des droits humains n’ait pas su résister à un tel esprit de croisade ! Enfin, et comme catholique engagé, avec des millions d’autres, dans la promotion de la dignité humaine, je suis scandalisé de voir l’annonce de la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu être défigurée et devenir inaudible pour nos sociétés. Au coeur des débats bioéthiques, notre monde a besoin de l’éclairage évangélique.

Celui-ci est invitation à protéger la vie donnée et reçue, au coeur des difficultés de l’aventure humaine.

L’Evangile suppose une démarche attentive et amoureuse d’accompagnement au coeur des drames humains. Une Bonne Nouvelle ne peut pas être exprimée en termes de condamnation, ni boycott.

La croisade serait-elle de retour ?

Guy Aurenche Avocat, président d’honneur de la Fédération internationale de l’action des chrétiens pour l’abolition de la torture





* Thème(s) associé(s) à l'article :
Amnesty International - IVG - Vatican