Par Kamran Haider
ISLAMABAD (Reuters) - Au moins six personnes, dont un policier et un cameraman, ont été tuées lors d’affrontements autour de la Mosquée rouge d’Islamabad, tenue par un mouvement islamiste radical, ont déclaré la police et les services médicaux.
Un responsable religieux à l’intérieur de Lal Masjid, la Mosquée rouge, a déclaré à Reuters que huit étudiants avaient été tués lors des échanges de coup de feu, et les haut-parleurs du bâtiment diffusaient des messages appelant les fidèles du mouvement à lancer des attaques suicide.
"Ils se comportent de façon brutale. Huit de nos étudiants ont été tués", a dit par téléphone à Reuters Maulana Abdul Rashid Ghazi, le numéro deux du mouvement qui gère cette mosquée.
La Mosquée rouge est un complexe religieux formé d’une mosquée et d’une école coranique, ou madrassa.
Les affrontements ont commencé lorsque près de 150 étudiants ont attaqué le poste de sécurité d’un bâtiment public près de la mosquée, y volant des armes et prenant quatre fonctionnaires en otage, a expliqué la police.
Les policiers ont alors tiré des gaz lacrymogènes sur la mosquée afin de disperser les étudiants, avant de subir des tirs d’armes automatiques. Plusieurs étudiantes ont par ailleurs été hospitalisées après avoir respiré les gaz tirés par la police.
Un face-à-face tendu oppose depuis des mois les autorités au mouvement étudiant, qui cherche à imposer à Islamabad le mode de vie prôné par les taliban.
Un responsable du ministère de l’Intérieur a confirmé sous le sceau de l’anonymat qu’en plus d’un policier, trois étudiants, un cameraman et un passant avaient été tués lors de l’affrontement.
Il a ajouté que 83 personnes avaient été blessées, la plupart souffrant des effets des gaz lacrymogènes.
"TUEZ-NOUS"
Les étudiants ont mis le feu à une partie d’un bâtiment du ministère de l’environnement, et ont lancé des pierres sur d’autres édifices publics, brisant des fenêtres.
Alors que les tirs duraient depuis plusieurs heures, les haut-parleurs de la mosquée ont lancé leur appel aux attaques suicide. "Nous avons demandé un cessez-le-feu depuis dix minutes, mais comme les tirs continuent, nous appelons aux attaques suicide."
Le gouvernement a déclaré vouloir des négociations.
"Malgré les tirs des étudiants de Lal Masjid sans provocation de notre part, le gouvernement veut toujours régler ce problème par le dialogue", a déclaré le vice-ministre pakistanais de l’Intérieur Zafar Ikbal Ouarraich lors d’une intervention à la télévision publique.
Malgré la fusillade, des dizaines d’étudiants armés de bâtons restaient dans la rue, et des femmes vêtues de burqas se tenaient sur le toit de la mosquée, d’où elle scandaient des slogans hostiles au gouvernement.
"Tuez-nous. Nous mourrons, mais nous ne renoncerons pas à nos demandes de mise en place de la charia islamique", a déclaré Mahira, une étudiante, jointe au téléphone par Reuters.
L’armée a pris possession de bâtiments surplombant l’immense complexe de la Mosquée rouge, dans la madrassa de laquelle étudient quelque 5.000 étudiants
De nombreux hommes, femmes et enfants habitant le quartier sont sortis dans les rues, criant leur soutien aux étudiants et appelant la police à cesser ses tirs.
La Mosquée rouge est connue depuis longtemps pour abriter des radicaux islamistes.
En janvier, des étudiantes avaient occupé une bibliothèque proche de l’école coranique pour protester contre des destructions de mosquées construites illégalement sur des terrains appartenant à l’Etat.
Le gouvernement s’était jusqu’ici interdit de recourir à la force, de peur de voir se concrétiser des menaces d’attentats suicide.