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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Les banques réconcilient l’islam et l’argent (Libération, 26 juillet 2007)

A l’inverse de la Grande-Bretagne, le marché français n’est pas converti.

Par LAUREEN ORTIZ et LINE RIFAI QUOTIDIEN : jeudi 26 juillet 2007

Confrontée à la vague éthique, la finance internationale s’est jetée à l’eau en créant des fonds « charia compatibles », de plus en plus nombreux. Le Credit suisse, qui a annoncé avant-hier l’ouverture d’un portefeuill estampillé « chrétien », s’était déjà doté fin mai du fonds Al-Buraq, constitué d’actions jugées conformes à la loi islamique, qui a déjà récolté quelque 44,3 millions de dollars. En France, la Société générale s’est engouffrée dans ce marché juteux, en créant au début du mois de juillet des fonds dits indiciels, qui répliquent passivement les indices Standard & Poor’s conformes aux stricts préceptes de l’islam. Ces actifs seront « normalement commercialisés dès septembre au Moyen-Orient, en Asie, en Suisse et au Royaume-Uni », indique Vincent Lauwick, directeur commercial dans la branche investissements de la Société générale, à Londres. « Avant, on faisait du sur-mesure, explique-t-il, et compte tenu de l’ampleur de la demande, on a créé ces fonds ».

En réalité, cette autre vague verte (couleur de l’islam) s’est accélérée depuis que la société d’analyse et de notation Standard & Poor’s (S & P) a soumis ses indices à la religion musulmane, en décembre. Comme l’a aussi fait le Dow Jones, S & P a converti son indice vedette, le S & P 500, qui rassemble les 500 premières valeurs boursières aux Etats-Unis. Une fois passé au crible d’experts en finance et en théologie, regroupés au sein d’un organisme basé au Koweït, 296 titres ont été jugés conformes pour donner naissance au S & P 500 Charia. Au total, S & P a converti ses indices partout dans le monde : en Europe, au Japon, dans les pays du Golfe, et dans les pays émergents (Brésil, Russie, Inde et Chine). Avec « une croissance de 10% par an depuis dix ans », selon une collaboratrice de S & P, la finance islamique représente aujourd’hui 500 milliards de dollars.

Principalement conçus pour capter les pétrodollars des investisseurs des monarchies du Golfe, ces produits « charia compatibles » commencent tout doucement à se diffuser auprès des particuliers. D’abord en Grande-Bretagne où la première banque islamique européenne a été créée en 2004. En France, même si toutes les grandes banques ont créé leur département « finance islamique », aucune ne s’est aventurée sur le marché des particuliers. Pourtant, selon l’autorité des marchés financiers s (AMF), « il est possible de créer ce genre de fonds en France, ce n’est pas une catégorie juridique mais une appellation. » Beaucoup plus culturelle, la réticence française serait due à la fois à la tradition laïque du pays et à l’origine géographique des immigrés musulmans. Pour Abdel-Maoula Chaar, responsable des programmes en finance islamique à l’Ecole supérieure des affaires de Beyrouth, « il est difficile dans un pays qui revendique son laïcisme d’envisager d’accoler les noms de banque et de islamique . » D’autre part, les musulmans français viennent en bonne partie du Maghreb. Or, « la finance islamique a longtemps été perçue, au Maghreb, comme un phénomène diffusé dans le Moyen-Orient », explique Anouar Hassoune, analyste à S & P. En Occident, pas étonnant que la vague éclabousse surtout le Royaume-Uni, où on compte peu de Maghrébins. « Londres voudrait être la première place financière islamique », explique Vincent Lauwick. A ses yeux, les fonds charia répondent à « une demande naturelle spontanée » outre-Manche, alors qu’en France la « demande n’est pas encore forte ». Mais « ce n’est plus qu’une question de mois », assure-t-il.

La charia appliquée à la finance

Quatre règles principales doivent être observées par les fonds islamiques.

Par L.R.

La finance islamique se fixe comme objectif de respecter la charia, un ensemble de règles édictées par le Coran. A l’intérieur de chaque établissement, un comité de la charia vérifie que celui-ci respecte les principes religieux. Abdel-Maoula Chaar, responsable du programme de finance islamique à l’Ecole supérieure des affaires (ESA) à Beyrouth décrypte quelques-unes de ces principes clés

L’interdiction de la riba

« Les opérations de finance islamique ne doivent pas générer ou recueillir des intérêts », affirme Abdel-Maoula Chaar. Aussi la banque islamique se fait payer pour sa prestation complète et non via des intérêts. Par exemple, un individu souhaitant acquérir une voiture va s’adresser à sa banque qui va l’acheter pour lui. Il la rembourse ensuite et lui verse un surplus rémunérant son rôle d’intermédiation. Cette opération est appelée mourabaha.

Le partage des pertes et des profits

Les opérations des banques islamiques se fondent sur deux instruments de finance associative. La première, la moudaraba (commandite), met en relation un investisseur qui avance le capital et un entrepreneur qui fournit son expertise. Les profits de l’opération sont partagés entre les deux partenaires selon un contrat fixé à l’avance, mais les pertes financières sont uniquement supportées par l’investisseur. Dans la seconde opération, la moucharaka (association), les deux parties avancent le capital et se répartissent les bénéfices en fonction d’un accord conclu au préalable. Quant aux pertes, elles « sont divisées au prorata des sommes investies », explique Abdel-Maoula Chaar.

L’interdiction de la spéculation

« Les opérations de finance islamique ne doivent pas être source d’ambiguïté. Ce principe, appelé gharar, mène à une interdiction de la spéculation et empêche qu’une vente se fasse sans que l’objet de la vente n’existe », ajoute Abdel-Maoula Chaar. Les contrats à terme sont ainsi bannis et les transactions concernent exclusivement des actifs tangibles.

L’interdiction de financer des activités « illicites »

Les transactions ne doivent pas porter sur des activités prohibées par l’islam. Les entreprises dans les secteurs de l’armement, de la pornographie, des jeux de hasard, des spiritueux et du commerce de porc ne peuvent pas officiellement être financées par des capitaux « islamiques ».





* Thème(s) associé(s) à l'article :
Banque - Charia - Coran - Islam