par Paul de Bendern et Selcuk Gokoluk
ANKARA (Reuters) - Huit jours après le triomphe de l’AKP aux législatives, le général Yasar Buyukanit a réaffirmé lundi que l’armée souhaitait que le prochain président défende les valeurs de la laïcité.
"Nous maintenons ce que nous avons dit (...) Nous l’avons dit avec conviction", a déclaré le chef d’état-major de l’armée turque, alors que des journalistes lui demandaient s’il maintenait les déclarations qu’il avait faites le 12 avril concernant la désignation du prochain président. Buyukanit avait alors déclaré "nous espérons que le prochain président sera une personne véritablement attachée aux valeurs fondamentales de la République, dont la laïcité, et pas quelqu’un qui ne fera qu’y souscrire en paroles".
Il s’agit de la première intervention publique du puissant état-major turc depuis la victoire triomphale de l’AKP du Premier ministre Tayyip Erdogan, issu de la mouvance islamiste, aux élections législatives du 22 juillet.
Erdogan a convoqué ces élections anticipées car l’opposition laïque, encouragée par l’état-major, avait empêché l’élection à la présidence de son candidat, le chef de la diplomatie, Abdullah Gül.
Le Parlement doit se réunir samedi et le principal dossier figurant sur son ordre du jour sera la désignation du successeur du président Ahmet Necdet Sezer, un farouche défenseur de la laïcité.
L’élite laïque de Turquie, attachée aux valeurs héritées du kémalisme, s’est opposée à la candidature de Gül qu’elle jugeait dangereuse pour la séparation entre la religion et l’Etat, mettant notamment en avant son passé islamiste et le fait que sa femme porte le voile.
Mais conforté par sa victoire aux législatives, l’AKP semble de plus en plus tenté de présenter à nouveau la candidature de Gühl à la présidence de la République, au risque d’un nouveau bras de fer avec les militaires.
Erdogan, qui a affirmé que le président serait issu des rangs de son parti, a dit vouloir éviter une nouvelle confrontation sur ce dossier et s’est engagé à consulter l’opposition sur le choix du successeur de Sezer.
Gül, s’il était élu président, serait le chef de l’armée et aurait le pouvoir de nommer les plus hauts juges et les présidents d’universités. Il dément vouloir mettre en oeuvre une politique à caractère islamiste.