Par Michel MOUTOT
PARIS, 20 sept 2007 (AFP) - Les occidentaux convertis à l’islam sont en France de plus en plus nombreux dans les groupes radicaux susceptibles de basculer dans la violence, s’inquiètent les services de renseignement français interrogés par l’AFP.
Alors que l’Allemagne est encore sous le choc de la découverte récente d’un complot ourdi par trois hommes, dont deux Allemands de souche convertis, la France n’est pas à l’abri d’une menace similaire, assurent des sources concordantes.
Un policier haut placé, qui demande à conserver l’anonymat, assure que "le phénomène (les) inquiète". "Nous avons des remontées de différents services qui constatent un accroissement de la présence de convertis dans les réseaux", dit-il.
S’ils sont très peu nombreux, les convertis sont par définition bien intégrés, titulaires de papiers d’identité qui n’attirent pas l’attention lors de voyages à l’étranger et représentent un réel danger potentiel, estiment ces sources.
Selon un responsable des services de renseignements, qui lui aussi demande à ne pas être identifié, de "forts indices" confirment cette tendance qui est, selon lui, un "phénomène nouveau".
"Dans les filières d’islamistes français qui partent vers l’étranger" (placées depuis septembre 2001 sous étroite surveillance) "on repère de plus en plus de convertis", ajoute-t-il, tout en précisant que les effectifs de ces filières ne dépassent pas quelques dizaines de personnes par an.
Faute de statistiques, le nombre de Français qui chaque année se convertissent à l’Islam est impossible à déterminer avec précision. Sur ce chiffre, même si une infime minorité est susceptible de s’engager dans une voie violente, estiment les mêmes sources, elle représente un réel danger.
En 2005, les Renseignements généraux (RG) avaient réalisé une étude portant sur 1.610 cas de convertis français, qu’ils avaient remarqués pour leurs liens avec des milieux radicaux ou leur tendance au prosélytisme.
Sur ce chiffre, seuls 3% "appartiennent ou gravitent autour de la mouvance islamiste combattante", écrivaient les RG.
Il y a deux ans, le directeur des RG, Pascal Mailhos, avait estimé que parmi les convertis en France "environ un sur quatre est engagé dans l’islam radical".
Pour Alain Rodier, ancien officier supérieur des services secrets et spécialiste du terrorisme au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) interrogé par l’AFP, "le nombre de convertis a augmenté en Allemagne de 400% entre 2004 et 2006". "Je ne vois pas, dit-il, pourquoi le phénomène ne serait pas identique en France".
Il explique l’attrait que peuvent exercer les thèses jihadistes sur certains convertis par le fait que "l’Occident ne propose rien de particulièrement excitant à la jeunesse en général, hormis un libéralisme à tout crin et la +Démocratie+, mais on voit comment cela a réussi aux Américains en Irak".
"Donc beaucoup de jeunes en quête d’idéal se tournent vers les seuls qui leur en proposent un, les islamistes".
"Ils ont, eux, une cause à défendre, cela séduit un certain nombre de personnes qui ne trouvent rien ailleurs (...) La question n’est pas de savoir si nous aurons un attentat islamiste en France, mais plutôt quand et où ?", ajoute-t-il.
Il y a quelques mois, le Global Islamic Media Front, considéré comme l’un des canaux d’expression d’Al Qaïda sur internet, avait dressé le portrait des "nouveaux soldats d’Al Qaïda".
"Ils sont nés en Europe de parents européens et chrétiens. Ils ont étudié dans vos écoles, ont prié dans vos églises et sont allés à la messe le dimanche. Ils ont bu de l’alcool, mangé du porc et opprimé des Musulmans (...) Mais Al Qaïda les a récupérés, ils se sont convertis en secret à l’Islam et ont juré de prendre les armes aux côtés de leurs frères".
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AFP 17h41 - 20 SEP 07