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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Gîte fermé à deux femmes voilées : procès houleux sur la laïcité à Epinal (AFP, 2 octobre 2007)



Par Joris FIORITI

EPINAL, 2 oct 2007 (AFP) - Le procès de la propriétaire d’un gîte à Julienrupt (Vosges), accusée d’en avoir refusé l’accès à une cliente et à sa mère parce qu’elles portaient le voile, a suscité mardi à Epinal un débat houleux sur la laïcité et les valeurs de la République.

Les deux parties, assistées de ténors du barreau de Paris, ont chacune mis en perspective dans une audience très médiatique des visions diamétralement opposée de la liberté de culte et de la laïcité.

Le 11 août 2006, Mme Truchelut avait refusé l’accès à son gîte à Horia Damiati et sa mère, ainsi qu’aux cinq personnes - dont un nourrisson et un adulte handicapé - les accompagnant, parce que les deux femmes n’acceptaient pas d’ôter leur voile comme elle le leur avait demandé.

"Je suis heurtée par le voile car je suis une femme et le voile est pour moi l’instrument de la soumission et de l’oppression de la femme", s’est justifiée la propriétaire de l’établissement Yvette Truchelut, dit Fanny.

"Je lui ai demandé de le retirer dans les parties communes, partout où l’autre famille (ayant loué le gîte) était présente", a argumenté l’accusée, qui a dit considérer le foulard comme un "signe extérieur de religion" devant rester cantonné à la "sphère privée".

"Le voile, je le mets où je veux", lui a répondu Horia Demiati, auditeur financier au solide parcours universitaire, qui a expliqué son choix de le porter comme l’aboutissement d’un "cheminement spirituel".

"Elle ne m’a jamais parlé de partie commune, et même si elle l’avait fait, je ne vois pas où aurait été l’obstacle", a-t-elle précisé.

Les avocats de la partie civile, à l’instar de Me Grégoire Bouvier, l’avocat de la Licra, ont dénoncé l’usage du "masque de la laïcité" pour défendre "des idées d’exclusion ou de discrimination".

"Les véritables valeurs républicaines, ce n’est pas Mme Truchelut qui les a défendues. Elle les a au contraire combattues", a observé Me Bouvier.

La République "ne reconnaît aucun culte", mais en "garantit la liberté d’exercice", a affirmé Me Michel Tubiana, avocat de la Ligue des droits de l’homme (LDH), également partie civile, qui a qualifié l’accusée de "condensé d’ignorance et de racisme ordinaire".

La défense, en la personne de Me Alexandre Varaut, s’est au contraire ingéniée à présenter Yvette Truchelut, qui était poursuivie pour discrimination en raison de la religion, l’origine ou la race, comme une personne ordinaire, "progressiste" et athée, n’ayant aucun problème avec la religion mais avec le voile.

Le procureur d’Epinal, Bernard Marchal, a requis six mois d’emprisonnement avec sursis simple et 1.500 euros d’amende à l’encontre de Mme Truchelut, ainsi que le paiement des dommages et intérêts aux parties civiles, Mme Demiati, le Mrap, la Ligue des droits de l’homme et la Licra.

Le tribunal correctionnel d’Epinal rendra son délibéré le 9 octobre.

jf/pad/bg

AFP 19h41 - 02 OCT 07





* Thème(s) associé(s) à l'article :
Discriminations - Foulard islamique - Racisme