Par Chantal VALLETTE
PARIS, 4 oct 2007 (AFP) - Une trentaine de futurs imams vont s’installer à
partir de janvier 2008 sur les bancs de l’Institut catholique de Paris pour une formation universitaire générale, destinée à favoriser leur bonne intégration et ne comportant aucun enseignement théologique.
C’est le résultat d’une convention entre la Faculté de sciences sociales et
économiques (FASSE) de l’Institut catholique de Paris et l’Institut musulman de la Mosquée de Paris qui est "en cours de validation", ont indiqué les deux partenaires.
Ce cycle, proposé sous le titre "Religions, laïcité, interculturalité",
comprend des enseignements de culture générale (histoire), de droit, sur les religions et les cultures. La formation est de 400 heures. Selon François Mabille, doyen de la FASSE, elle est "destinée à favoriser l’intelligibilité du fait religieux et politique en France".
Autrement dit, c’est un enseignement laïc destiné à des cadres religieux.
Actuellement, l’Institut musulman de la Mosquée de Paris forme 120 futurs imams en 4 ans (total des 4 promotions). Le programme comporte 54 matières, précise le directeur de l’Institut musulman, Djelloul Seddiki. Il fulmine quand on lui demande pourquoi les futurs imams vont aller à la "catho" : "si on reste entre nous, on nous accuse d’intégrisme, et là on nous critique encore. On travaille depuis deux ans avec la FASSE pour mettre sur pied cette formation".
L’Institut catholique table sur une trentaine de futurs imams pour cette
formation.
A travers cette convention, la grande Mosquée de Paris "entend pouvoir faire bénéficier ses futurs imams et aumôniers d’une formation Complémentaire, facultative et ponctuelle, reconnue par l’Education nationale et ouverte sur la société civile, dans le seul but de favoriser leur bonne intégration républicaine", indiquait jeudi Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris et président du CFCM (Conseil français du culte musulman).
L’imam est celui qui guide la prière et prononce le prêche. Il peut être
choisi parmi les fidèles. Ils sont actuellement quelque 1.200 en France.
Beaucoup d’entre eux n’ont pas reçu de formation spécifique et près de la moitié ne parlent pas ou peu français (seulement 20% d’entre eux sont Français par naissance ou naturalisation). D’où le souci d’"intégration" des imams pour faire taire les suspicions d’intégrisme.
La formation "républicaine" des imams est un des sujets à l’ordre du jour du CFCM depuis sa création en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et ministre des Cultes.
Deux projets d’association avec l’Université ont déjà été évoqués en 2005 mais n’ont pas abouti. L’un avec Paris III-Sorbonne, l’autre avec
VIII-Saint-Denis. Ils ont échoué au nom du respect de la laïcité. Dans le cas de la convention avec la "catho", l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) - qui elle aussi forme des imams - se demande au contraire si une institution catholique est bien placée pour enseigner à des musulmans. Bien que membre du CFCM, l’UOIF n’est pas concernée par cette convention.