La fiction est parfois plus significative que bien des études sociologiques. Voici l’histoire d’un pauvre type condamné à dix-huit mois de prison après avoir tenté de voler un ticket gagnant de Millionnaire. " Pas d’avenir, plus d’illusions ", sauf à compter sur la loterie des autres : Bob Benhadji, 28 ans, raconte sa situation, celle d’un homme qui cherche la fortune facile dans une cité sensible.
Là où les analystes policiers évoquent des bandes organisées, Benhadji dit le quotidien du " business ", ce flirt permanent avec l’illégalité. Dans ce roman signé Mouss Benia, on suit Benhadji qui escroque deux acheteurs de drogue. On l’entend raconter comment lui et un " pote " imaginent récupérer le ticket Millionnaire.
L’opération effectuée, Benhadji fête l’événement dans une brasserie au centre-ville. Puis achète le meuble Ikea réclamé depuis une éternité par sa mère pour pouvoir ranger les chaussures dans l’appartement familial. Pas méchant, terriblement ingénu, Benhadji est arrêté par la police et transporte sa carcasse de la cité à la prison.
Lorsqu’il en sort, il ne rêve que de normalité : un travail, une femme, des enfants. Mais la laisse invisible qui tient les " chiens de la casse ", comme se nomment les jeunes de son quartier, le rattrape et Benhadji replonge. " Qu’est-ce que je peux espérer pour la suite ? Continuer mes magouilles à la petite semaine ? Faire la cour à une jolie caissière ? Engendrer une dynastie de smicards dans un HLM digne de celui de mes parents ? Non, je ne veux pas passer le restant de mes jours à tout miser sur ma descendance. "
L. Br.
Chiens de la casse, de Mouss Benia
Hachette Littératures, 230 p., 16 ¤.
© Le Monde