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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Les chrétiens fondamentalistes ont du mal à trouver l’" élu " idéal (Le Monde, 21-22 octobre 2007)



WASHINGTON CORRESPONDANTE

Pour les chrétiens fondamentalistes, la campagne est morose. Huit candidats et pas un qui les enthousiasme. Jusqu’au vendredi 19 octobre, ils étaient neuf candidats, mais Sam Brownback, le sénateur du Kansas, l’homme qui symbolise la frange la plus antiavortement du parti, a décidé de laisser tomber. Un signe que le vent, peut-être, a tourné.

Les évangéliques, qui représentent un quart de l’électorat, et qui ont fait en 2004 le succès de George Bush, n’ont pas de porte-drapeau pour 2008.

Pis, l’homme qui est en tête des primaires, Rudolph Giuliani, l’ancien maire de New York, fait pour eux figure d’hérétique. " Rudy " en est à sa troisième épouse. Il est partisan du contrôle des armes à feu. Et sur l’avortement, il est l’un des rares républicains à considérer que " la décision ultime appartient à la femme et à son médecin ".

Comme le dit Tony Perkins, le président de Family Research Council, le groupe de pression des fondamentalistes à Washington, " parmi tous les candidats, un seul a tort ". Comprenez : Giuliani.

Tony Perkins et ses amis ont réuni la base évangélique pour deux jours à Washington pour un sommet des " value voters ", les électeurs qui se déterminent en fonction des valeurs morales. Quelque 2 000 délégués y participent. La réunion tient à la fois de l’université politique et de la foire commerciale. Au salon des exposants, les militants distribuent des marque-pages avec le nom des 120 plus hauts responsables du pays pour lesquels il faut prier en priorité. Une association projette d’installer des " McDonald’s du mariage " dans chaque quartier pour empêcher les divorces. Un groupe d’anciens homosexuels propose des conférences dans les écoles (" Demandez à votre club scolaire d’inviter un ancien gay ")...

L’Irak est un sujet inexistant. On ne parle que de la " vie ", de la " sainteté de la vie " et de l’institution " sacrée " du mariage. A deux mois et demi du début des primaires, le camp " pro-life " a cependant un dilemme : quelle est la meilleure stratégie pour parvenir à l’interdiction de l’avortement ? Ou plus exactement : faut-il soutenir l’homme qui est le mieux placé pour rivaliser avec le/la candidat (e) démocrate, même s’il ne partage pas les mêmes principes ?

" UNE MARGE DE MANoeUVRE "

Le fondateur du groupe Focus on the family, James Dobson, l’une des figures historiques du mouvement, a mis les pieds dans le plat début octobre : pas question de soutenir Rudolph Giuliani, a-t-il indiqué. Si celui-ci est le nominé, il soutiendra le candidat d’un petit parti, au risque de torpiller les chances du camp républicain. " Gagner l’élection présidentielle est vital, mais pas au détriment de ce à quoi nous tenons le plus ", a-t-il décidé.

Ce n’est pas l’avis de Gary Bauer, un ancien prétendant à l’investiture républicaine, et fondateur du mouvement American Values. " Je n’accepte pas cette logique qui veut qu’après quatre ans avec les démocrates nous reviendrions encore plus forts ", explique-t-il dans les couloirs de la conférence. " Nous sommes à un vote près à la Cour suprême de l’interdiction de l’avortement. Je ne souhaite pas un choix entre Clinton et Giuliani. Mais si on en arrive là, je serai le premier à aller voir Giuliani pour discuter. Il sait qu’il a besoin de nous pour gagner. Donc il y a une marge de manoeuvre. "

Avec un retard de 8 points sur les démocrates et deux fois moins d’argent dans les coffres, le Parti républicain n’est plus en position de chipoter. En cas de duel avec Hillary Clinton, Rudolph Giuliani est le républicain le mieux placé. " J’ai voté deux fois pour le troisième homme Ross Perot. Tout ce que cela nous a apporté, c’est Bill Clinton ", regrette Sharon Matthews, une participante venue du Tennessee, en évoquant le passé. La militante soutient Fred Thompson, mais elle se ralliera à M. Giuliani s’il est choisi par le parti. " Il est avec nous sur 80 % des questions ", souligne-t-elle. Pour Gary Bauer, la raison finira par l’emporter. " Les conservateurs ont toujours été contre le suicide. Nous finirons par être opposés aussi au suicide politique. "

C. Ls © Le Monde





* Thème(s) associé(s) à l'article :
élections présidentielles - Chrétiens fondamentalistes - Etats-Unis