Un ours en peluche fait monter la tension entre la Grande-Bretagne et le Soudan. Le parquet de Karthoum a en effet décidé d’inculper, mercredi 28 novembre, Gillian Gibbons, une institutrice britannique, de 54 ans, de l’Unity High School, un établissement privé de Khartoum réservé à l’élite, pour " insulte aux croyances religieuses et sédition ".
La justice soudanaise lui reproche d’avoir autorisé sa classe d’enfants de 6 à 7 ans à appeler un ourson " Mohammed ", un prénom qui est aussi celui du Prophète. Le professeur, originaire de Liverpool, a été arrêté le 25 novembre. Si elle devait être reconnue coupable, Mme Gibbons est passible d’une peine de prison d’un an, de quarante coups de fouet et d’une amende.
Le secrétaire au Foreign Office, David Milliband, a qualifié la décision des juges soudanais d’" inacceptable ". Parmi les mesures de représailles envisagées par le gouvernement britannique figurent l’expulsion de diplomates soudanais, l’imposition de restrictions aux déplacements au sein de l’Union européenne de responsables du régime de Khartoum, voire la réduction de l’aide au développement.
INCULPATION DÉFIANT " LE SENS COMMUN "
La réaction britannique s’explique par le fait que l’institutrice a visiblement agi par méconnaissance des interdits de l’islam plutôt que par malice. En particulier, la communauté musulmane britannique est venue au secours de l’infortunée enseignante. Le président du conseil des musulmans du Royaume-Uni, Abdoul Bari, s’est déclaré " horrifié " par une inculpation " qui défie le sens commun ".
Mais la marge de manoeuvre de Londres dans cette affaire est réduite par le déploiement, prévu au début de l’année prochaine, de quelque 20 000 casques bleus au Darfour. Un compromis envisagé par le Foreign Office consisterait à faire rapidement juger la ressortissante britannique qui serait ensuite expulsée après avoir été amnistiée par le président Omar Al-Bachir.
Marc Roche (Londres, correspondant)
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