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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Pressenti pour diriger la grande mosquée, l’imam de Créteil est menacé d’expulsion vers l’Algérie (Le Monde, 1-2 juillet 2007)

Des rapports des RG évoquent des prêches radicaux. La préfecture doit se prononcer lundi 3 décembre, jour du début de la visite d’Etat de Nicolas Sarkozy en Algérie

La commission d’expulsion (Comex) de la préfecture du Val-de-Marne doit se prononcer, lundi 3 décembre, sur le sort d’un imam algérien, Ilyes Hacene, âgé de 38 ans et installé en France depuis 1999. Cette procédure est fondée sur des rapports des renseignements généraux (RG), que Le Monde a pu consulter, selon lesquels l’imam de la mosquée de Créteil tiendrait régulièrement, depuis le début des années 2000, des prêches empreints d’une " idéologie incitant à la discrimination, à la haine et à la violence à l’encontre du monde occidental et du peuple juif ". L’avis émis par la Comex devra être confirmé ou non par le gouvernement.

Les RG relèvent que M. Hacene demande aux musulmans de prier " pour les moudjahidins de Palestine, d’Irak, de Tchétchénie ou d’Afghanistan " et qu’il aurait acheminé " des jeunes musulmans français à destination d’universités salafistes à Damas ", en Syrie, ce qui fait de son expulsion une " nécessité impérieuse pour la sécurité de l’Etat ". Naturalisé français en 2005, M. Hacene a perdu sa nationalité en octobre 2006 pour " indignité ", concernant sa vie matrimoniale. Il a fait appel de cette décision.

En dépit de ce dossier, l’imam bénéficie du soutien de l’ensemble de la communauté musulmane. Proche de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), il est naturellement défendu par cette organisation. Mais Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman, n’hésite pas non plus à s’impliquer pour " ce garçon ouvert, modéré, détenteur d’une formation traditionnelle en Algérie ", et en Syrie. " Je ne défendrais jamais des gens qui prônent la violence ou le radicalisme musulman ", insiste le recteur de la Mosquée de Paris.

GRANDE MOSQUÉE

M. Hacene est pressenti pour devenir l’imam de la grande mosquée de Créteil, dont l’inauguration est prévue en 2008. " M. Hacene paye la réussite de ce projet. C’est une machination ", assure Karim Bénaïssa, le président de l’Union des associations musulmanes de Créteil. Laurent Cathala, le maire (PS) de la ville, qui a participé au financement de la partie culturelle du projet, ne connaît pas " personnellement " M. Hacene, mais assure n’avoir " jamais été interpellé à son sujet " ; pas même lors de la cérémonie de pose de la première pierre de la mosquée en octobre 2006, qui s’était tenue en présence du préfet. " Je ne sais pas s’il y a une affaire et j’attends que la justice traite le dossier, mais je pense qu’une grande mosquée, transparente, est le plus sûr moyen d’éradiquer les errements condamnables, s’ils ont eu lieu ", estime le maire.

Lors d’un discours à la Mosquée de Paris le 1er octobre, le président de la République, Nicolas Sarkozy, s’était fermement engagé à " expulser du territoire ceux qui bafouent l’islam " en prônant la violence, laissant entendre que l’islamisme radical était forcément professé par des étrangers. Une approche en partie contredite par les spécialistes, qui soulignent que les islamistes radicaux, chez les salafistes notamment, sont souvent des Français, d’origine étrangère ou convertis.

Hasard du calendrier, le cas de l’imam de Créteil est examiné le jour où le chef de l’État entame son premier voyage officiel en Algérie et alors que, selon une source proche du dossier, les autorités algériennes en France auraient fait connaitre leur soutien à M. Hacene.

Stéphanie Le Bars

© Le Monde

Les discours des imams surveillés par l’Intérieur depuis 1990

La surveillance organisée des discours d’imams dans les mosquées remonte à 1990, lorsque le socialiste Pierre Joxe était ministre de l’intérieur. Depuis 2004, année qui avait vu la demande d’expulsion de sept imams, seuls quelques cas ont été traités. " Entre les discours que l’on entendait dans les mosquées dans les années 1990 et aujourd’hui, c’est le jour et la nuit ", souligne un expert de l’islam. " Auparavant, les discours de soutien au djihad mondial étaient très répandus ; aujourd’hui, les imams savent ce qu’ils ont le droit de dire. "

Certaines affaires ont fait long feu, notamment l’expulsion avortée de l’imam de Vénissieux (Rhône) en 2004. En outre, les arrêtés d’expulsion ne sont pas toujours exécutés. Sur une quinzaine de décisions d’expulsion prononcées depuis le début des années 2000, plusieurs n’ont pas été exécutées, et les imams concernés sont toujours en France, assignés à résidence. " On ne les renvoie pas pour des raisons familiales, ou parce qu’ils courent un danger dans leur pays, ou encore parce que leur expulsion pourrait provoquer des troubles à l’ordre public ", explique-t-on au ministère de l’intérieur.





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Mosquée de Créteil