En insistant, à Rome, devant le pape Benoît XVI, sur les bienfaits d’une " laïcité positive parvenue à maturité ", Nicolas Sarkozy a confirmé la conception qu’il défend depuis plusieurs années des rapports entre les cultes et la République. Réputé pour la vision " ouverte " qu’il aurait de ce principe typiquement français, fondé sur la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat, M. Sarkozy a coutume de plaider pour une laïcité qui ne soit pas " le combat contre les religions " mais " le respect de toutes les religions ".
A plusieurs reprises, en tant que ministre de l’intérieur en charge des cultes, il a rappelé le rôle qu’il attribuait aux religions dans le débat public et la paix sociale. Son insistance à créer le Conseil français du culte musulman en 2003 découlait de cette analyse et de sa volonté de contribuer au " rattrapage ", en termes de visibilité, de la deuxième religion de France tout en maîtrisant au mieux son fonctionnement.
Porté par cette approche décomplexée vis-à-vis des religions, sans doute aurait-il souhaité aller plus loin. En 2005, en confiant à l’universitaire Jean-Pierre Machelon la mission de travailler sur " les relations des cultes avec les pouvoirs publics ", Nicolas Sarkozy ne cachait pas son désir d’actualiser la loi de 1905, qui dispose que " la République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte ". L’un des buts était d’accroître les possibilités d’intervention des collectivités locales dans le financement des lieux de culte.
" FACILITER LA VIE QUOTIDIENNE "
Pourtant, au-delà des discours empathiques régulièrement adressés aux principales communautés religieuses, le président de la République a choisi la prudence. Durant la campagne présidentielle déjà, il avait infléchi son discours, mettant en avant " un manque de consensus " pour légiférer sur le sujet.
Huit mois après son entrée en fonction, les seules suites tangibles données au rapport Machelon, qui prônait un toilettage de la loi de 1905, consistent en un travail technique et juridique, confié au ministère de l’intérieur. L’évolution des relations entre la République et les cultes devant s’effectuer " à droit constant ", les travaux portent sur la clarification de circulaires.
Ainsi, des textes attendus dans le courant du premier semestre 2008 devraient faciliter la création de carrés confessionnels dans les cimetières, sans que les maires ne se heurtent à l’interdiction de procéder à des regroupements de tombes par confession, en violation du principe de laïcité. Le statut et les activités des associations cultuelles devraient être précisés, de même que leurs liens avec les associations loi 1901 qui leur sont adossées.
Enfin, alors que plusieurs mairies ont été attaquées en justice pour avoir concédé des baux emphytéotiques (sur une longue durée et à loyer modique) à des associations, notamment musulmanes, pour la construction de lieux de culte, cette pratique devrait être confortée. Une manière, a minima, de " faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer " comme l’a souhaité M. Sarkozy, à Rome.
Stéphanie Le Bars
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