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Islam & Laïcité >> Revue de presse

" Banglatown ", au coeur de Londres, défend les tribunaux islamiques (12 février 2008)



Derrière le sourire et la voix courtoise, on sent la colère contre ce qu’il appelle " le dénigrement obsessionnel de l’islam ". Abdul Karim, rédacteur en chef du Bangla Mirror, défend l’archevêque de Cantorbéry, Rowan Williams, dans la polémique déclenchée par sa défense de l’application partielle de la loi musulmane : " La charia est utilisée dans ce quartier pour régler essentiellement des problèmes matrimoniaux. Cela fait gagner du temps et c’est moins coûteux que la justice civile. Nos docteurs de la foi sont des hommes d’une grande sagesse. "

Dans son bureau de Brick Lane, au coeur du " Banglatown ", point d’ancrage des musulmans londoniens issus du Bangladesh, le journaliste insiste : selon lui, la loi musulmane, surtout utilisée dans les questions de divorce, de garde des enfants et les différends commerciaux, agit parallèlement, mais toujours dans le respect des lois britanniques.

Le premier tribunal islamique a vu le jour en 1982, à Leytonstone, à quelques encablures de ce quartier connu des touristes pour son enfilade de restaurants indiens. Depuis, ces institutions ont essaimé à Londres, à Birmingham et dans le Yorkshire (nord de l’Angleterre). Les dizaines de tribunaux " charia " sont liés aux mosquées. L’iman rend le plus souvent justice, mais dans les petits lieux de culte, ce sont les membres les plus âgés de la communauté qui siègent.

" PROBLÈMES PLUS URGENTS "

L’étrange Swiss Re Building, le bâtiment symbole de la City aux airs de cornichon érotique, toise Brick Lane. A deux pas, la mosquée d’East London, grosse bâtisse rose, autrefois synagogue, écrase la rue qui embaume le curry. Fin de non-recevoir et salutations des croyants à la sortie de la prière. Au téléphone, un responsable lâche, exaspéré : " Comment un pays non musulman peut-il instituer une législation que les pays musulmans n’ont jamais su appliquer ? En ce qui nous concerne, il y a des problèmes plus urgents à régler, à l’instar du racisme, de la santé ou de la pauvreté. "

Bon nombre de musulmans britanniques se déclarent surpris par l’ampleur de la condamnation des déclarations de Mgr Rowan par les responsables politiques, la presse et les églises chrétiennes. La société multiculturelle ne s’est pas remise du fait que les quatre auteurs des attentats du 7 juillet 2005 à Londres étaient de jeunes musulmans britanniques.

Calotte blanche sur la tête, deux jeunes gens attablés au Allaudin Café commentent l’interview au News of the World de Lord Carey. Le prédécesseur de Rowan Williams à la tête de l’Eglise d’Angleterre y affirme que la charia désavantage les femmes et les minorités. " Si l’homosexualité est permise, pourquoi ne pas autoriser la polygamie et les mariages arrangés ? ", dit cet infirmier au Royal London Hospital. " Le verdict d’un tribunal islamique dans les affaires de vandalisme évite la récidive, qui amènerait la honte sur la famille du délinquant ", affirme le second, interprète en bangladais.

A la sortie, le patron pointe le panneau " Attention aux agresseurs " placé par la police devant la station de métro Aldgate-East : " Au moins, avec les châtiments corporels, ce genre de problème n’existerait plus. "

Marc Roche

© Le Monde





* Thème(s) associé(s) à l'article :
Charia - Grande-Bretagne - Tribunal islamique