Invité mercredi 13 février au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), auquel participaient une vingtaine de ministres, le chef de l’Etat est revenu sur sa conception de la religion et de la laïcité. Deux discours récents, l’un prononcé à Rome lors de son intronisation comme " chanoine d’honneur " de la basilique Saint-Jean- de-Latran, l’autre à Riyad, en Arabie saoudite, où il avait longuement évoqué Dieu, avaient jeté l’émoi dans les rangs laïques. Nicolas Sarkozy avait notamment déclaré à Rome que, " dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé et le pasteur ".
Il a donc précisé sa pensée devant les représentants de la communauté juive : " Jamais je n’ai dit que l’instituteur était inférieur au curé, au rabbin ou à l’imam pour transmettre des valeurs. Mais ce dont ils témoignent n’est tout simplement pas la même chose. " Il s’est étonné qu’on puisse s’offusquer " qu’un président en exercice puisse dire tout simplement que l’espérance religieuse reste une question importante pour l’humanité ". Avant d’ajouter : " Personne ne veut remettre en cause la laïcité, ce trésor trop précieux qu’est la neutralité de l’Etat, le respect de toutes les croyances, comme celui de la non-croyance. " Mais M. Sarkozy a pris le risque de réveiller la polémique en souhaitant " que nos enfants aient le droit de rencontrer à un moment de leur formation intellectuelle et humaine des religieux engagés qui les ouvrent à la spiritualité ". Et sa proposition se confier à chaque élève de CM2 la mémoire d’un des 11 000 enfants victimes de la Shoah en France a suscité des réactions mitigées.
Le président, auteur en 2004 du livre La République, les religions, l’espérance (Cerf), s’affiche comme catholique sans être très pratiquant. Mais il est, selon son entourage, fasciné par les hommes de foi, quelle que soit leur religion, comme par tous ceux qui aspirent à un dépassement d’eux-mêmes. Et c’est surtout par " flair " politique qu’il s’est saisi de la question des religions et de ce qu’il appelle " l’immense besoin de spiritualité " qui s’est fait jour dans la société " après la fin des idéologies totalitaires et les désillusions de la société de consommation ".
Rien ne prouve toutefois que ses efforts pour redonner une place à la religion dans le discours public lui permettent de fidéliser la " clientèle " que représentent les croyants. Un sondage réalisé par l’IFOP pour l’hebdomadaire La Vie montre que la cote de M. Sarkozy a fortement baissé chez les catholiques pratiquants. Ils étaient 83 % à approuver son action juste après son élection, et ne sont plus que 60 % aujourd’hui, peut-être choqués par l’étalage de sa vie privée et d’un certain luxe.
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