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Islam & Laïcité >> Revue de presse

Dans les mosquées d’Eindhoven, les réactions au film de Geert Wilders sont restées dignes (Le Monde, 30-31 mars 2008)

Après la diffusion sur Internet du film anti-Coran réalisé par le leader populiste néerlandais, les appels à la retenue ont prévalu dans la communauté musulmane des Pays-Bas

EINDHOVEN (Pays-Bas) ENVOYÉ SPÉCIAL

La ville s’était préparée au pire mais vendredi 28 mars, Eindhoven respirait : Fitna, le film anti-Coran du dirigeant populiste Geert Wilders, diffusé depuis la veille sur Internet, n’a suscité aucun incident. Le maire, Gerrit Braks (chrétien démocrate), s’est réjoui ; la police, qui avait envoyé des agents de proximité dans les quartiers sensibles, a affirmé n’avoir relevé aucun incident.

La ville craignait plus que d’autres l’agitation que le court métrage aurait pu provoquer. Il y a quelques semaines, des jeunes du quartier Woensel-Ouest avaient diffusé un clip annonçant la mise à mort de Geert Wilders. Le député a déposé plainte, deux adeptes du " gangsta rap ", appréhendés, ont affirmé qu’il s’agissait d’une " blague ".

En 2004, après l’assassinat du cinéaste Theo Van Gogh par un islamiste radical, un cocktail Molotov avait été jeté contre une école coranique de la ville et du sang répandu sur la façade de la mosquée turque Fatih.

La mosquée Al-Fourqaan, soupçonnée d’avoir été un lieu de recrutement pour des djihadistes, jouait vendredi, comme de nombreuses autres aux Pays-Bas, la transparence. Le prêche, consacré au film, " n’était pas enflammé ", affirme Najib, un fidèle d’une cinquantaine d’années. " L’ambiance n’est pas bonne dans ce pays. Certains voudraient nous coller une étoile jaune, mais nous sommes 1,5 milliard et, nous, on ne nous conduira pas aux chambres à gaz ", lance un autre homme, invité à se taire.

" WILDERS MANIPULE LES GENS "

Ahmar Nejjar, porte-parole de la mosquée, annonce qu’un texte circule. Il est rédigé par sept lieux de culte de la ville qui entendent attaquer Geert Wilders en justice pour incitation à la haine. " Nous ne pouvons laisser ce nain caricaturer notre religion ", explique M. Nejjar. La Fédération islamique néerlandaise entend également attaquer M. Wilders, sur la base d’une déclaration dans laquelle le député décrit les musulmans comme " le mal ultime ". Ailleurs dans le pays, comme à Utrecht, siège de l’association Islam et citoyenneté, on a officiellement conseillé aux fidèles d’ignorer le film.

Un peu à l’écart d’Al-Fourqaan, un groupe de jeunes se forme. " Alors, on vient interroger les terroristes ? ", s’esclaffe l’un d’eux. Il a trouvé le film " moche, nul " mais a " flippé " sur les images des corps qui tombent du World Trade Center de New York, le 11 septembre 2001. " Wilders manipule les gens avec ses sourates : ce sont des textes prévus pour des situations de guerre, pas pour les Pays-Bas ! Et les imams, ici, ne prêchent pas comme en Iran ! " " Il n’y aura pas de violences, explique un autre : Wilders n’a pas déchiré le Coran ! Mais, tu sais, beaucoup de jeunes des quartiers ne vont pas à la mosquée et si ça pète quand même, ils comptent bien se marrer ! "

Le premier ministre, Jan Peter Balkenende, a dit, vendredi, sa " grande estime " pour les organisations musulmanes et sa " fierté " de " voir des gens qui participent d’une manière sage à la discussion ". Vendredi soir, la ministre de l’intégration, Ella Vogelaar, a réuni les représentants de diverses associations, qui ont répété leur volonté de calmer les esprits.

Le gouvernement espère que ce calme ne sera pas brisé par des manifestations d’hostilité à l’étranger. Soutenu par la présidence de l’Union européenne et les Nations unies, M. Balkenende a invité ses concitoyens à rester en alerte, des incidents pouvant survenir pendant plusieurs jours encore, a-t-il souligné.

Jean-Pierre Stroobants

© Le Monde

LE MONDE MUSULMAN MESURÉ DANS SA CONDAMNATION

Les réactions au court métrage dans le monde musulman sont restées mesurées. L’Iran a évoqué le " caractère haineux " du film et invité l’Union européenne à s’opposer à sa diffusion. L’ambassade d’Arabie saoudite à La Haye a parlé d’une " provocation pleine d’erreurs ". L’Organisation de la Conférence islamique, qui compte 57 membres, a parlé d’" incitation à la haine ". Mais, à l’image de beaucoup, l’Indonésie, qui a protesté officiellement, a appelé à la retenue. Faisant état de menaces reçues, " de nature très sérieuse ", le site Internet britannique Liveleak a, lui, décidé de retirer Fitna de son serveur, vendredi 28 mars au soir.





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Islamophobie - Pays-Bas