LES ÉVÊQUES de France n’ont pas du tout apprécié le débat soulevé par la demande de Chantal Sébire, cette femme atteinte d’un mal en phase incurable, de bénéficier d’une aide active à mourir. Leur président, le cardinal André Vingt-Trois, l’a fait savoir, mardi 1er avril, lors de l’ouverture, à Lourdes, de l’Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France.
" Une récente campagne a été orchestrée, une nouvelle fois, pour faire passer dans l’opinion le sentiment qu’il y aurait urgence à délivrer légalement un permis de disposer de sa vie. En réalité, il s’agirait d’un nouveau permis de disposer de la vie de son prochain, disons-le simplement : d’un permis de tuer ", a-t-il déclaré. " Sournoisement, le travail admirable des équipes de soins palliatifs a été discrédité. Honteusement, des milliers de personnes gravement atteintes ont été soupçonnées de ne pas avoir le courage de la "dignité". Frauduleusement, la requête de reporter la décision de sa mort sur la société a été présentée comme un progrès humain. " Or, ajoute l’archevêque de Paris, " la société n’a pas vocation à organiser la mort : ni celle de l’enfant à naître, ni celle du grand malade en phase terminale, ni celle des vieillards en fin de vie ".
" PRESSION AMBIANTE "
L’opposition de l’Eglise catholique à l’avortement et à l’euthanasie, ainsi qu’aux manipulations génétiques, n’est pas nouvelle ; de même que sa demande d’accorder un statut juridique à l’embryon. Mais alors que se profile la révision des lois sur la bioéthique en 2009, les évêques sont déterminés à faire entendre leur voix. Une partie de leurs travaux à Lourdes est consacrée aux moyens d’exercer ce " lobbying ", dans la société et auprès des élus.
" Si les évêques peuvent aider les parlementaires à une réflexion plus large, dégagée de la pression ambiante, cela peut faire avancer le bien commun ", défendait Mgr Vingt-Trois, à l’issue d’une session de formation sur " les débuts de la vie humaine ", organisée en février pour une soixantaine d’évêques, sur la centaine que compte la Conférence. Confrontés aux progrès scientifiques, les évêques doivent " revisiter les principes à partir desquels l’Eglise fonde son point de vue ", justifiait Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque d’Albi et président de la commission doctrinale de la Conférence.
L’opportunité de ces prises de parole est débattue au sein même du monde catholique. Selon un sondage Ifop réalisé les 6 et 7 mars auprès de 959 personnes, et publié le 22 mars dans La Croix, 65 % des catholiques pratiquants estiment que " les autorités religieuses ne devraient pas prendre position publiquement sur les grands enjeux de société ".
Stéphanie Le Bars
© Le Monde