LA PROFANATION de 148 tombes musulmanes, dimanche 6 avril, à l’aube, dans le cimetière militaire de Notre-Dame de Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), a suscité une indignation générale.
Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a dénoncé un acte relevant " du racisme le plus inadmissible qui soit ". La garde des sceaux, Rachida Dati, personnellement visée par des inscriptions insultantes sur des stèles, a jugé que cet " acte odieux (...) attaque les valeurs de la République ".
Les tombes ont été recouvertes d’insultes à caractère raciste, nazi et islamophobe. Une tête de porc ensanglantée a été déposée sur l’une d’entre elles.
Une cinquantaine de tombes musulmanes de ce cimetière avaient déjà été profanées en avril 2007. Les auteurs, trois jeunes hommes de la mouvance skinhead, ont été condamnés à des peines de prison ferme. Lors du procès, en mai, le procureur d’Arras avait souhaité que " la sanction soit un exemple pour tous les nazillons de leur espèce ".
La répétition des dégradations visant des lieux musulmans, cimetières ou mosquées, est un phénomène récent.
CELLULES DE VEILLE
C’est à partir de 2003 que les principales affaires apparaissent : en octobre, une soixantaine de tombes musulmanes sont vandalisées dans le cimetière de Thiais (Val-de-Marne). En 2004, une série de profanations touche les carrés musulmans de plusieurs cimetières alsaciens, tandis que deux mosquées sont incendiées en Haute-Savoie.
Liés au climat général induit par les attentats du 11 septembre 2001, ces actes semblent aussi concomitants à l’émergence de nouvelles revendications de la communauté musulmane, portées notamment par le Conseil français du culte musulman (CFCM), mis en place en 2003.
Depuis, régulièrement, des mosquées sont prises pour cible. Entre 2005 et 2007, vingt-cinq lieux de culte auraient été dégradés, selon l’Observatoire du collectif contre l’islamophobie en France. Face à cette " recrudescence ", le Conseil régional du culte musulman (CRCM) de Rhône-Alpes a demandé, dimanche, la création de " cellules régionales de veille et de suivi des incidents islamophobes ". Les auteurs de profanations sont en général rapidement interpellés et condamnés à des peines de prison ferme.
Stéphanie Le Bars
© Le Monde